Alain Giresse, entraîneur du Mali : Les Eléphants devraient s’en prendre à eux-mêmes s’ils sont éliminés

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L’ex-coach du Gabon, le français Alain Giresse a accepté d’échanger avec l’Itelligent d’Abidjan après la défaite des Eléphants devant le Brésil.

Comment expliquez-vous cette défaite n’est-ce pas une défaillance dans le choix des joueurs par l’entraineur ?

Difficile de jeter la pierre à qui que ce soit dans ces moments douloureux. Je pense que les joueurs étaient par moments étourdis. Prenons le cas sur le premier but, même si c’était une frappe sèche le gardien aurait dû fermer davantage l’angle de tir. Sur le second but, Kolo a essayé d’intervenir, mais Kaka a réussi à se démarquer. Là aussi, je pense que le gardien aurait pu anticiper. Lorsqu’on laisse un adversaire faire deux pirouettes au cœur d’une défense sans être nullement inquiéter faut-il alors accuser l’entraineur ?
Je pense qu’ils auraient pu faire quelque chose parce que le Brésil ne les avait pas véritablement dominés. Seulement, je n’ai pas compris pourquoi Gervinho n’a pas commencé le match. Et puis, il faut reconnaitre qu’Aruna Dindane et Salomon Kalou n’ont pas répondu aux attentes. Lorsque Gervinho et Romaric sont rentrées, on a senti un changement dans le jeu. C’est le choix de l’entraîneur et il ne faut pas lui en vouloir.

Vous n’aviez vraiment aucune erreur à reprocher à Eriksson ?

Je ne voudrais pas critiquer le choix d’un entraîneur. Il faut respecter son choix, qu’il soit judicieux ou pas. Seulement, je n’ai pas compris pourquoi Gervinho n’avait pas commencé. A partir du moment où on avait vu Aruna et Kalou contre le Portugal, on avait pratiquement une idée de leur jeu. Mais c’est un choix et on doit le respecter. Il a sans doute voulu reconduire l’équipe qui a résisté contre le Portugal et quand ça n’allait pas il a opéré des changements.

Les Eléphants avaient-ils le niveau de rivaliser avec le Brésil?

C’est sur le plan du palmarès que tout se joue. Le Brésil a une carte de visite que la Côte d’Ivoire n’a pas. C’est son deuxième mondial et donc je pense qu’au fur et à mesure, les joueurs ivoiriens auront une expérience des grandes compétitions. En réalité, le Brésil n’était pas aussi dangereux, les Eléphants l’ ont tout simplement escorté en première mi-temps. Il y a des joueurs qui brillent en club et non en sélection nationale malheureusement pour le football africain. La Côte d’Ivoire pouvait bien battre le Portugal et garantir sa qualification, le but raté à la dernière minute par Drogba est regretable. Voyez ce qui est arrivé à l’Algérie, elle avait toutes les chances de battre les Etats-Unis, mais les joueurs se sont limités à l’a peu près. C’était triste de les voir pleurer. Je pense que les Eléphants devraient s’en prendre à eux-mêmes s’ils sont éliminés.

D’aucuns pensent que le coach ne devrait pas sacrifier le jeune Gervhino pour Dindane, c’est également votre avis ?

Ceux qui le pensent on certainement leurs raisons. On a vu par le passé que c’est Dindane qui envoyait de grands centres. Quand il est dans son meilleur jour il envoie de grands ballons et Drogba marquait beaucoup de buts. Quand ça ne marche pas, évitons de mélanger les choses. Gervinho a quand même apporté sa touche offensive lorsqu’il est rentré.

A votre avis, quelles ont été les erreurs des joueurs pour ce duel face au Brésil?

Il fallait empêcher les Brésiliens de développer leur jeu en maintenant la pression. On les a laissé beaucoup d’espace et ils en ont profité pour nous imposer leurs talents individuels. On aurait pu être attentif et serein. L’attaque n’a pas été efficace parce que Drogba ne recevait pas le ballon. Yaya lui a envoyé le ballon et il a inscrit son but. Donc on doit savoir l’utiliser dans son registre. D’ailleurs c’est comme ça qu’il joue à Chelsea. Je pense que cette défaite, il faut la mettre à l’actif de tout le groupe.

Quelle analyse faites-vous de l’organisation du Mondial en terre africaine et de la participation des équipes africaines?

Il ne faut pas avoir honte de le dire, les équipes africaines sont passées à côtés de leur mondial dans la mesure où on attendait beaucoup d’elles. Le Ghana est le seul rescapé pour l’instant en attendant peut-être la surprise des Eléphants. La sélection sud-africaine est une jeune équipe. Après un match nul contre le Mexique, les sud-africains n’ont pas résisté à la furia des Uruguayens. Elle a eu le mérite de terminer sur une victoire contre la France et il faut tirer le chapeau aux joueurs des Bafana-Bafana. Le Nigéria également n’a pas pu aller au-delà. Ça été un échec pour l’Afrique sur le plan du jeu. Par contre, l’Afrique du Sud a réussi son organisation. Il y a des beaux stades et des belles pelouses qui ont été réalisés, la FIFA en tiendra compte j’espère pour donner l’organisation à un autre pays africain de prouver de quoi l’Afrique est capable.

Qu’est-ce qu’il a véritablement manqué aux équipes africaines qui n’ont pu franchir le second tour ?

Tout. Il faut y remédier pour que ce football d’avenir trouve le plutôt possible sa place au niveau mondial. C’est le travail et l’organisation qui devraient être à la base du progrès. Les techniciens que nous sommes, devrions faire beaucoup de recherches afin de permettre aux joueurs africains déjà talentueux de s’affirmer. Mais il y a aussi la qualité de l’organisation et la politique définies par les responsables en charges du football de leur pays. On ne peut rien obtenir du désordre, de la précipitation et dans l’inorganisation.

Pourquoi êtes-vous parti du Gabon pour le Mali ?

Parce que le Gabon ne voulait plus de moi. Les dirigeants maliens de football m’ont fait appelle parce qu’ils avaient besoin de moi. Nous avions défini les objectifs à atteindre, dont la qualification des Aigles pour la prochaine Coupe d’Afrique qui aura lieu au Gabon et Guinée Equatoriale. Je pense que cela est possible mais pourvu qu’on respecte le programme detravail à faire pour réussir la mission qu’on me confie. Je ne voudrais plus revivre l’expérience gabonaise car un entraîneur qui n’a pas les mains libres ne peut faire de bons résultats.

La France méritait-elle de quitter prématurément le Mondial 2010 ?

Pourquoi pas ! C’est le cas des pays africains qui ont vite plié bagages. Le football à ses règles comme toutes les disciplines sportives. Il faut marquer des buts et gagner les matches pour être parmi les meilleurs. On ne vient pas en Coupe du Monde en rangs dispersés sur le terrain. La France n’a rien prouvé parce que toutes les conditions n’y étaient pas réunies. Les Français n’avaient pas confiance en leur entraineur et lui non plus en certains joueurs pourtant sélectionnés par lui-même. Les Bleus sont victimes du flou dans lequel les membres de la Fédérations s’y plaisent, il faut donc une réorganisation des structures de gestion, sinon le pire est à venir

Par Hamed Konin,à Pretoria
Publié le vendredi 25 juin 2010 | L’intelligent d’Abidjan (via abidjan.net)

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