Que sont-ils devenus… Mouvement pionnier : Gloire et décadence de l’école du patriotisme

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Le distinguo entre la génération post indépendance et ses cadets réside dans l’interprétation du sens patriotique. Nos aînés vantent le bénéfice du bon sens du régime socialiste Modibo Kéita concernant l’amour du pays. En réalité, ils sont la plupart le fruit du Mouvement pionnier, qui a toujours inculqué la bonne manière en termes d’éducation dans la société. Certes notre génération a hérité de cette entité juvénile, mais pas à plein temps avec toute cette attention accordée aux pionniers. Bref, le Mouvement pionnier a été victime des changements politiques où les différents remaniements ministériels ont placé le département de la Jeunesse et des Sports dans une position inconfortable bien qu’ayant sous sa tutelle le Mouvement pionnier. Ils se caractérisent par l’instabilité, par un recul du département. De 1968 à l’an 2001, le département a changé au moins une dizaine de fois de dénomination. Du 26 mars 1991 au 26 mars 2001 au moins six fois. De Moussa Tati Kéïta à Natié Pléah, 18 chefs de département s’y sont succédé. Pourquoi cette hibernation du Mouvement pionnier. C’est la problématique que nous posons dans la rubrique “Que sont-ils devenus ?”, pour démontrer le grand rôle qu’il a joué dans la société, et comment il est tombé en disgrâce. A la lumière de nos investigations, et notre entretien avec un des cadres du mouvement pionnier, nous apportons des réponses aux différentes interrogations.

A la veille de l’indépendance de notre pays, le constat amer révélait une pléiade d’associations de jeunes. Faudrait-il aller à l’indépendance avec une jeunesse divisée ? Non ! Les autorités décidèrent de les fédérer, en créant le Mouvement pionnier le 21 avril 1960 à Katibougou. Du coup il est devenu un mouvement d’éducation de la jeunesse, qui avait pour but de favoriser la formation civique, morale, physique et pratique de la Jeunesse en fonction des besoins du pays.

Dépourvu de toute ségrégation, il regroupait tous les jeunes isolés ou organisés dont l’ensemble ne forme plus qu’un seul mouvement dont ils constituent l’avant-garde. Répondant à un besoin politique et social, le Mouvement pionnier propose aux enfants et aux adolescents une utilisation saine de leurs loisirs et insiste sur l’orientation politique des jeunes dans le sens de l’amour de la patrie africaine, partant au développement de la fraternité universelle.

Les premières heures de sa création furent consacrées à la sensibilisation et à l’information, couronnées par un stage de formation des cadres pionniers à Katibougou. Les cibles ? Les anciens chefs scouts, les éclaireurs et les secrétaires aux activités dirigées des bureaux exécutifs des sections de la Jeunesse US-RDA. Ceux-ci ont entrepris l’implantation et l’animation des structures à travers le pays.

C’est ainsi que le Mouvement fut implanté dans presque tous les villages, fractions, quartiers, écoles fondamentales et secondaires. Il deviendra très vite un phénomène social et fut gagné par le gigantisme. Le président Modibo Kéita ne ratait aucune occasion pour s’adresser à la jeunesse chaque fois qu’il se trouvait en face des pionniers. L’amour du pays, l’espoir de la nation et son avenir à travers cette jeunesse lui servaient d’arguments pour requinquer ces jeunes acquis à la cause de l’US-RDA pour le bonheur du pays.

Les pionniers ont rendu une idée saisissante par des mouvements d’ensemble, le tableau phonique lors des semaines de la jeunesse  entre 1962 et 1968. Ce qui permet de dresser un bilan flatteur : en 1964, 1000 jeunes pionniers ont exécuté le mouvement d’ensemble, en 1966, ils étaient 11 000 ; en 1968, ils étaient 15 000, en 1966, 3000 jeunes ont exécuté le tableau phonique.

Le Mouvement pionnier a connu après les premières années d’euphorie et d’enthousiasme différentes crises qui peuvent se résumer à : l’insuffisance des cadres, leur faible niveau de formation, les moyens et infrastructures qui n’ont toujours pas été en harmonie avec le nombre élevé de jeunes et à leurs attentes. Malgré tout plusieurs orientations et décisions ont été approuvées par le Haut-commissariat à la Jeunesse et aux Sports :

– Implanter le Mouvement dans chaque école fondamentales (1er et 2e cycles) ;

– Demander un appui logistique aux pays amis ;

– Intensifier et diversifier les activités proposées aux jeunes ;

– Intensifier la formation des formateurs. Ainsi 3000 cadres permanents ou non permanents ont reçu une formation accélérée dans le domaine du Mouvement pionnier, des maisons, centres et foyers de jeunes, des chantiers et échanges des jeunes.

Campagne de dénigrement

Environ 350 cadres ont reçu une formation au cours des stages organisés par le commissariat aux activités dirigées.

Après le coup d’Etat de 1968, le Mouvement pionnier  est entré dans une zone de turbulences.  Des campagnes d’intoxications l’affaiblirent. Et pour cause le changement politique survenu le 19 novembre qui avait abouti à la dissolution de toutes les organisations politiques du pays placera le Mouvement pionnier dans une impasse.

– Ebranlement du Haut-commissariat à la Jeunesse et aux Sports avec l’arrestation et l’emprisonnement des principaux responsables ;

– Larges compagnes de dénigrement et d’intoxication lancées contre le Mouvement pionnier et ses responsables par les membres du Comité militaire de libération nationale (CMLN).

Pour obtenir l’adhésion des populations à leur cause, le CMLN et les membres du gouvernement provisoire auraient affirmé lors des conférences dans toutes les régions du Mali que le Mouvement pionnier était à la base des échecs scolaires, qu’il préparait les jeunes à la délinquance et à la prostitution.

Selon eux, les enfants des nobles ne devraient pas faire du théâtre, ils ne devraient pas danser, ni chanter. Ils ne devraient pas faire le bouffon.

En 1978, année de la naissance de l’Union nationale des jeunes du Mali (UNJM) suite au référendum de 1994 qui consacra le retour du pays à une vie constitutionnelle normale, le ministère de la Jeunesse et des Sports fut chargé de prendre les dispositions nécessaires pour la relance immédiate du Mouvement.

Par la suite, les nouveaux hommes forts du pays ont compris qu’il fallait s’appuyer sur le Mouvement pionnier pour conquérir l’autre partie de la jeunesse affectée par le coup d’Etat.

Donc une jonction avec l’UNJM se dessina. Alors le pouvoir central institutionnalise politiquement le Mouvement pionnier,  tout en assurant la subvention des camps nationaux des pionniers à Toukoto, Banankoro et à Soufouroulaye.

Après 1991, au terme de trois jours de travaux de réflexion sur l’avenir des pionniers, des propositions concrètes ont été formulées pour transformer le mouvement en association politique. A l’immédiat, pas de suite favorable. C’est quelques années après que (3 juillet 1994) que l’Association des pionniers du Mali a vu le jour. Elle est reconnue d’utilité publique en 1996. C’est à dire qu’elle doit être soutenue par l’Etat dans toutes ses activités.

Avec la création du ministère des Sports, le Mouvement pionnier sort davantage sa tête de l’eau. Déjà en 2014, le Premier ministre Moussa Mara a pris une lettre circulaire pour instituer la montée des couleurs chaque lundi dans les services publics de l’Etat. L’initiative en son temps avait un engouement, mais finira s’estomper à petit feu. Mais depuis quelques semaines le ministre de la Jeunesse et des Sports, chargé de l’Instruction civique et de la Construction citoyenne, Moussa Ag Attaher préside en compagnie d’autres ministres de la Cité administrative la montée du drapeau   devant un nombreux public, et de jeunes pionniers.

Selon Tidiani Coulibaly, commissaire général du Bureau fédéral des pionniers u Mali, ce geste du ministre avec au premier plan les pionniers est une sorte de pédagogie pour inculquer le sens patriotique aux citoyens, qui chantent surtout l’hymne national avec les ministres présents, les pionniers. Compte tenu de cette belle initiative du ministre de la Jeunesse et des Sports, chargé de l’Instruction civique et de la Construction citoyenne, Moussa Ag Attaher, Tidiani demande plus de patience aux citoyens qui coïncident avec cette montée des couleurs.

Qu’ils sachent que l’Etat a beaucoup fait pour nous tous, en retour nous lui devons respect et reconnaissance. Son appel sera-t-il entendu ? Il est important de rappeler que le Mouvement pionnier a fait son temps. Aujourd’hui, sa revalorisation contribuera à cadrer la jeunesse face à certaines dérives. Avec leur mot d’ordre “Pionnier ! Agir !”, rien n’est au-dessus de leur volonté. Ils ont juré de faire le Mali, même s’il faut leur sang.

O. Roger Sissoko (00 223) 63 88 24 23

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