L’application de la loi n°2015-052 sur le genre : un cadeau à mériter pour les femmes maliennes !

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Au Mali, nonobstant leur poids démographique (par rapport aux hommes) et surtout leur très forte mobilisation, pendant les campagnes électorales, les femmes sont sous-représentées dans les postes nominatifs et électifs.

Au Mali, représentant 50,4% de la population, les femmes ont d’énormes difficultés à se faire de bonnes positions sur les listes électorales leur permettant de se faire élire.

Ainsi, selon le « Bulletin statistique 2009 » du Centre national de documentation et d’information sur la femme et l’enfant (CNDIFE), sur 147 députés, il y avait 15 femmes. Sur les 703 maires, il y avait seulement 8 femmes. Sur 10.774 conseillers communaux, il y avait 927 femmes. Sur les 14 conseillers de la Chambre de Commerce et d’Industrie Mali (CCIM), il n’y avait que 2 femmes.  Ces chiffres montrent très à suffisance que les femmes sont très sous-représentées dans les postes politiques.

Un contraste qui a motivé les autorités maliennes, sous l’impulsion de l’ancien Président de la République, Ibrahim Boubacar Keita, à adopter la loi n°2015-052 du 18 décembre 2015, instituant des mesures pour promouvoir le genre dans l’accès aux fonctions nominatives et électives. Cette loi accorde un quota de 30% aux femmes dans les fonctions nominatives et électives.

Mais hélas, plus de 5 ans après sa promulgation, l’application de cette loi, en faveur de l’égalité de genre par les gouvernements successifs ou les états-majors des partis politiques, reste toujours un mirage pour les femmes, en dépit des nombreuses interpellations des organisations féminines.

Pour beaucoup d’acteurs, l’application de cette disposition légale s’avère un cadeau à mériter pour les femmes maliennes qui doivent se battre sans relâche contre les pesanteurs socioculturelles qui entravent leur épanouissement économique et leur ascension dans les postes nominatifs et électifs.

Le vote de la loi°2015-052/du 18 décembre 2015 par une majorité écrasante des députés de la 5è législature avait été applaudi par les femmes du Mali et suscité l’espoir de voir fin d’une inégalité quant à leur l’accès aux fonctions nominatives et électives.

Lors des élections communales de 2016 et des législatives de mars-avril 2019, l’article 2 de la loi 052 qui stipule : « à l’occasion de l’élection des députés à l’Assemblée nationale, des membres du Haut Conseil des Collectivités ou des Conseillers des Collectivités territoriales, aucune liste d’au moins trois (03) personnes, présentée par parti politique, groupement de partis politiques ou regroupement de candidats indépendants, n’est recevable si elle présente plus de 70 % de femmes ou d’hommes », a permis  à 41 femmes à se faire élire dans au moins 28 circonscriptions électorales  contre 14 députées  femmes à l’Assemblée nationale de la 5è législature.

Malheureusement cet élan s’est subitement estompé et est devenu aujourd’hui une désillusion. Pour preuve : de décembre 2015 à nos jours, aucun gouvernement du défunt Premier ministre Modibo Keïta, en passant par ceux d’Abdoulaye Idrissa Maïga, et de Dr Boubou Cissé, à celui de la transition, dirigé par Moctar Ouane, n’a respecté le quota de 30% dans sa composition. Toutefois, l’exception confirmant la règle, la première équipe gouvernementale du Premier ministre Soumeylou Boubèye Maiga comptait 11 femmes sur 32, soit 34%.

Cette euphorie saluée, en son temps, par les femmes a été de courte durée tant le gouvernement suivant dirigé par le Premier ministre Boubou Cissé, a tourné cette page. Sur les 38 membres de son gouvernement, on n’y compte que 8 femmes, soit 23, 68 %.

« Le quota de 30% minimum n’a donc pas été respecté », déplore Maïmouna Diaby, employée d’une ONG qui travaille sur l’émancipation et l’autonomisation des femmes.  La chute brutale du régime d’Ibrahim Boubacar Keïta n’a pas permis de marquer une évolution dans l’application de la loi sur la promotion du genre dans l’accès aux fonctions nominatives et électives.

Pire, le gouvernement de transition et le Conseil national de transition (CNT) ont été plus régressifs en matière d’application de cette disposition de la loi dite 052. Sur les deux gouvernements que le Premier ministre, Moctar Ouane, a formé avant d’être contraint par les militaires à démissionner, le nombre de femme était respectivement de 4 et 5 membres, soit 20%. Ce qui constitue une violation flagrante des dispositions de la loi n°2015-052 du 18 décembre 2015, estiment les responsables des organisations féminines.

Sur le plan protocolaire, dans le second et dernier gouvernement « mort-né » du Premier ministre Moctar Ouane, la première femme occupait la 10e position en la personne de Dr Fanta Siby, ministre de la Santé et du Développement social.

Pour la vice-présidente de la Plateforme des femmes leaders du Mali, Mme Traoré Nana Sissako : « L’inscription d’une référence sur l’accès des femmes aux postes nominatives et électives dans la carte de la transition a été toujours saluée par les femmes. Mais, la mise en place du gouvernement de transition, le 5 octobre 2020, avec seulement 4 femmes sur 25 membres soit 16%est une violation flagrante de la loi 2015-052 du 18 décembre 2015 », dénonce-t-elle.

Quant au Coordinateur de la Plateforme Benbere, notre confrère Abdoulaye Guindo : « Les difficultés à appliquer cette loi dénote de la mauvaise volonté des autorités, notamment lors de la formation du gouvernement, où les autorités chargées de cette tâche refusent de donner la chance aux femmes ».

Aussi, pour ce journaliste-bloggeur, « il est souvent difficile d’avoir des compétences féminines pour occuper certains postes nominatifs qui nécessitent une certaine technicité ».

Concernant le Conseil national de transition (CNT), sur 36 femmes annoncées dans la première listede cet organe législatif, elles sont 31 femmes à y siéger aujourd’hui sur un total de 121 membres qu’il compte.  « Cela est peu par rapport à la loi sur le quota genre, qui exige 30% des postes nominatifs et électifs pour les femmes », avait déploré la Coordinatrice des associations et ONG féminines du Mali (CAFO), Mme Dembélé Ouleymatou Sow, sur les antennes d’une radio de la place.

Si le respect du quota de 30% dans les listes électorales est un moyen d’augmenter le nombre de représentativités des femmes dans les mairies et à l’Assemblée nationale. Force est de reconnaitre que dans beaucoup de partis le positionnement des femmes sur les listes ne les favorise pas.

A l’état actuel des choses, la victoire n’est pas pour demain, car comme disait l’autre, un droit de ce genre ne s’octroie pas, mais s’arrache. D’ailleurs, nombreux sont les hommes maliens qui ne sont pas disposés à offrir sur un plateau d’or cette discrimination positive en faveur des femmes que d’aucuns y voient comme un cadeau et non un droit.

Toutes choses que les femmes semblent avoir bien compris et ne cessent de chercher des solutions aux difficultés à appliquer cette loi. Une réflexion qui a conduit à la création d’un Observatoire de femmes dont la mission principale est d’œuvrer à d’identifier les postes susceptibles à revenir aux femmes et à faire des plaidoyers pour leur obtention.

En tout cas, les femmes sont conscientes du combat qui doit être la leur pour gagner le combat pour l’application de la loin°2015-052 du 18 décembre 2015, instituant des mesures pour promouvoir le genre dans l’accès aux fonctions nominatives et électives, qui leur accorde un quota de 30%. D’où leur évocateur slogan « An Dara, An Sara » (Si elles se couchent, elles sont mortes ».

Siaka DIAMOUTENE/Maliweb.net

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