Nouveau gouvernement Boubou Cissé, une autre de mes lectures !

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Après une dizaine de jours d’attente, le deuxième Premier ministre de la 2ème mandature du président Ibrahim Boubacar Keïta, Dr. Boubou Cissé, a fait annoncer la composition de son gouvernement. Le long temps d’attente a été mis à profit pour tisser un consensus politique inespéré pour le chef de l’Etat. Il gagne la reconnaissance politique de sa réélection comme président, il acquiert leur proche collaboration dans un gouvernement dont il a été le seul maître avec son Premier ministre du choix des hommes. Son propre parti qui l’a affronté en contraignant contre son gré à la démission son Premier ministre, est obligé de suivre le rythme imposé par lui pour éviter sa mort politique. Ce gouvernement contient plusieurs catégories de personnel politique dans la gouvernance IBK.

Les indéboulonnables parmi lesquels on retrouve le Général de Division Salif Traoré, toujours au poste de ministre de la Sécurité et de la Protection civile malgré les résultats jusque-là très mitigés de ces domaines essentiels de la stabilité nationale ; M. Hamadou Konaté, le beau-frère considéré (à tort ?) comme l’un des plus riches hommes du pays depuis quelques années qui conserve son portefeuille de ministre de la Solidarité et de la Lutte contre la Pauvreté.

Il y a également M. Mohamed Ag Erlaf qui, après du bon travail accompli pour la réélection à l’Administration territoriale et la Décentralisation, se retrouve bombardé ministre de l’Industrie et du Commerce. En bonne ambassadrice, Mme N’Diaye Ramatoulaye Diallo reste à la Culture. Tout comme son collègue ministre des Affaires religieuses et du Culte, M. Thierno Amadou Omar Hass Diallo, dont la mission suscite des interrogations réelles de la part de certains religieux. Dans le lot, Mme Nina Walet Intallou conserve aussi son poste comme ministre de l’Artisanat et du Tourisme. Les raisons de leur reconduite sont diverses et jugées bonnes pour certains équilibres.

Les garanties officielles assimilables à des rançons politiques, avec comme figures emblématiques M. Tiébilé Dramé qui retrouve son ancien poste sous la transition entre 1991 et 1992 lorsqu’il est nommé par le président du CTSP, Amadou Toumani Touré, ministre des Affaires étrangères avant d’être rappelé en 1996 comme ministre des zones arides et semi arides dans le gouvernement dirigé par le Premier ministre Ibrahim Boubacar Kéita sous Alpha Oumar Konaré.

Il est le fondateur du PARENA avec ses camarades qui ont quitté le CNID en désaccord avec Mountaga Tall en 1995. Il est aussi le fondateur du journal Le Républicain. Dramé est parmi les plus méthodiques des hommes politiques maliens et malheureusement l’un des plus incompris pour ses prises de position. Homme d’expérience à tous les échelons, on ne doit pourtant pas s’attendre à ce qu’il apporte un trop grand changement dans la diplomatie sur laquelle il peut bien veiller avec assurance du travail bien fait. Seulement, il aurait pu et dû négocier un statut supplémentaire de ministre d’Etat.

Le Général de Division Ibrahim Dahirou Dembélé (qui peut être aussi dans la catégorie suivante de la main tendue) est peut-être l’élément de la volonté de dialogue du président avec tous les éléments y compris et surtout ceux qui lui ont facilité, dit-on, son ascension vers Koulouba. Même s’il peut avoir le bon profil du poste, cette nomination passera très mal pour une certaine catégorie de nos compatriotes pour les contentieux en cours.

Parmi les garanties officielles, on retrouve M. Boubacar Alpha Bah, Bill des amis de l’ADEMA, M. Oumar Hamadoun Dicko du PSP longtemps éclipsé mais toujours alerte. Le ministre de l’Environnement, de l’Assainissement et du Développement durable, M. Housseini Amion Guindo, que beaucoup auraient vu promouvoir un cadre de son parti après sa démission du gouvernement avant les élections. Il hérite d’un département très important qui canalise les enjeux de notre bien-être. Mais, le sera-t-il vraiment dans les arbitrages de l’attelage Boubou Cissé ? Wait and see !

Ceux qui sont ou viennent se mettre à l’affût, les chasseurs dont Monsieur Michel Hamala Sidibé qui quitte précipitamment un poste juteux mais à la fin un peu «encombrant» qu’il s’était promis de quitter avec 6 mois d’avance en juin prochain au niveau de ONUSIDA. Certains pensent qu’il aurait pu négocier plus dans le nouvel attelage gouvernemental sauf que ceci semble être une bonne planque pour lui en attendant de faire ses preuves et surtout de «loyauté» pour le cas probable d’un prochain remaniement. Si cela ne marche pas, il aura du temps pour mieux se positionner pour l’après IBK. Quant à M. Malick Coulibaly, il va certainement chercher à renforcer un CV d’intégrité et d’homme d’avenir pour le Mali de ou d’après 2022.

Les biens récompensés dont le camarade ministre de la Communication, chargé des Relations avec les institutions, Porte-parole du gouvernement, M. Yaya Sangaré, qui retrouve chemise ou boubou à sa vraie taille. Il fera certainement un bon ministre, mais pour les changements, les résultats seront scrutés à la loupe. La jeune ex-ministre des Affaires étrangères, Mme Kamissa Camara, reste dans l’attelage même si elle est mise à l’Economie numérique et à la Prospective. Un poste qui, de toute vraisemblance, lui sied mieux et permet de «prouver» l’amour qu’elle clame pour le Mali qu’aux AECI. Saura-t-elle en profiter ? Le profil du poste est en tout cas très alléchant et bien à propos pour son âge et ses ambitions.

Le nouveau ministre des Maliens de l’Extérieur, M. Amadou Koita, qui quitte la Jeunesse et l’exposé titre de porte-parole du gouvernement qu’il a su bien défendre en son temps, a dû être une fierté par moment pour le président pour son volontarisme et sa loyauté.

Les mieux contentés dont Me Baber Gano que peu de gens non introduits auraient imaginé à ce niveau en ce moment de l’histoire du Mali mais une récompense des compagnons exigeait une main tendue malgré les rumeurs.  Monsieur Sambou Wagué garde également son portefeuille de l’Energie et de l’Eau avec les défis à affronter pour lesquels peu de résultats palpables constatés ces derniers mois pour le commun des Maliens. Reste-t-il à la demande expresse de l’ancien PM, SBM ?

Les soutiens devenus encombrants récompensés parmi lesquels on retrouve le mouvement Sabati 2012 qui obtient le poste de Secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Education nationale, chargé de la Promotion et de l’Intégration de l’Enseignement bilingue avec M. Moussa Boubacar Bah. Une tâche suspicieuse qui attend ce ministre qui risque de se retrouver confronter aux siens car la gymnastique de la formulation du nom de ce ministère cache des revendications catégorielles que très peu d’hommes politiques «classiques» peuvent accepter d’affronter. C’est un domaine à refondre totalement avec un travail de clarification sur les nombreux nouveaux termes en gestation.

Ceux qui ne pouvaient pas être remerciés aussi vite dont, entre autres, la ministre de la Promotion de la Femme, de l’Enfant et de la Famille, Dr. Diakité Aïssata Kassa Traoré, la ministre de l’Elevage et de la Pêche, Dr. Kané Rokia Maguiraga, la ministre de la Promotion de l’Investissement privé, des Petites et Moyennes Entreprises et de l’Entreprenariat national, Mme Safia Boly. Cela aurait joué sur les grands équilibres sociaux et perturbé des engagements antérieurs vis-à-vis de certaines.

La main tendue vers l’avenir, dans cette catégorie, on pourrait y mettre tous ceux que l’on a de la peine à classer de tous les bords. Ce gouvernement montre à la fois la capacité ou la volonté de dépassement qu’ont consentis certains, le désir d’en finir d’autres et certainement l’ambition d’aider le Mali à s’en sortir.

Quelle chance pour ce gouvernement ?

En remettant chacun des éléments à sa bonne place, Boubou Cissé a toutes les chances pour réussir s’il ne s’attend pas à ce que le «Vieux» continue de le coacher. Autrement, il faut qu’il sache s’affranchir et imprimer un vrai rythme de parcours d’Etat à cet assemblage hétéroclite. IBK, en principe, doit avoir été gagné maintenant par la sagesse du pouvoir. Il doit aspirer à la «saine jouissance» de son pouvoir en transférant les mises à l’épreuve au niveau du jeune Premier ministre.

IBK sait maintenant qu’il n’a rien à craindre des hommes de l’intérieur après les vagues de contestations qui ont fait vaciller un moment son pouvoir. Il doit avoir compris le jeu de l’extérieur et son souci devrait être de s’en sortir avec le moins de dégâts futurs possibles pour lui et pour le Mali. Le pays est en lambeaux, un Etat failli qu’il n’a pas su remettre en ordre même si on ne s’attendait pas à trop de miracles, mais on aurait pu espérer mieux.

Boubou Cissé est de tous les Premiers ministres celui qui a auprès d’IBK les plus grandes chances de réussir s’il a vraiment un esprit ouvert sur l’avenir du Mali. Pour cela, il faut oser aborder ce qui fâche aujourd’hui les Maliens car tout le monde sait que le Mali ne sortira jamais de cette crise sous sa forme actuelle. Autant avoir notre destin en main avec des dossiers bien étudiés avec des solutions réfléchies et proposées par nous par anticipation.

Le ministre des Réformes institutionnelles et des Relations avec la Société civile, M. Amadou Thiam aurait dû, avec une reformulation plus étendue et courageuse du nom de son ministère, être le plus en vue dans ce gouvernement. S’il y a une volonté de réussite pour l’avenir du Mali c’est le département qui devrait être le plus doté après la Défense en moyens de toutes sortes pour sortir des résultats concrets dans des délais très précis. Le temps joue actuellement contre le Mali dont le nouvel espace territorial et la forme administrative se dessinent ailleurs sans les Maliens.

Si Boubou Cissé s’était attribué ce portefeuille à la place de l’économie et des finances qu’il a gardé, il y aurait des raisons d’être optimiste. Mais continuer à faire et à superviser l’ensemble des arbitrages, reste une immense tâche dont les bons résultats font indéniablement les grands dirigeants. Son échec serait un grand retard pour le Mali qui se fait dépecer tous les jours avec la complicité de ceux qui sont chargés de sa garde.

Même si Allah n’est pas obligé, nous allons continuer de le prier en espérant une plus grande prise de conscience collective de notre part sur l’abîme qui guette le Mali en cas d’échec de ce gouvernement sur lequel très peu de nos compatriotes comptent en réalité.

Deux grands défis à gérer, le péril de la grande intrusion du religieux dans toutes les sphères y compris de façon encombrante dans la sphère politique et celui de la gestion des égos et des égouts au sein du gouvernement avec fermeté et rigueur. Mais, la grande interrogation demeure celle de la capacité de lutter contre la corruption avec une gestion idoine des frustrations sociales à la base des perturbations à tous les niveaux. Sans un vrai combat réussi à ce niveau, rien de bon ne pourra se faire au Mali qui soit durable.

Dr. Boubou Cissé nous laisse transparaître des capacités de stratège et surtout une volonté d’avancer avec l’essentiel qui s’accorde sur une ambition. Le nouveau porte-parole nous donne rendez-vous dans six (6) mois pour un premier bilan. Soyons donc patients !

Sidi COULIBALY

Journaliste

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