Lettre à mon oncle Bass,

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Cher oncle,

Bonjour !

Walahi, bilahi, je jure c’est, la tête basse que je t’écris la présente lettre. Cela, à cause de cette longue période que j’ai passée sans te donner de mes nouvelles et celles de grand mère et la troupe familiale.

 

 

Quand le margouillat se couche sur le dos, disent les tombouctiens, c’est bien, parce qu’il est mort.

C’est vrai, tonton Bass, qu’avec les poches trouées, sans emploi, misérable comme un rat d’église, je suis mort depuis fort longtemps, mais, je suis toujours une peu vivant car je conserve encore ma pauvre carcasse. Seulement, j’avais perdu l’espoir et quelque part, même la foi. C’est honteux de le dire, mais, “c’est ça qui est ça”. Et pour cause. Avec la pagaille, et la confusion, qui prévalaient dans le pays, je croyais mon heure arrivée. Ainsi, avec l’élection présidentielle de juillet dernier, j’avais facilement été recruté par des hommes du candidat Ibrahim Boubacar Kéïta comme agent de mobilisation en sa faveur, du bétail électoral de Fantambougou. Et, walahi, bilahi, je jure, j’avais fait mon travail. Tu connais le reste. Tonton Simbo est sorti victorieux de la grand bataille. Mais, après l’effort, aucun réconfort pour moi. Pire, toutes les proches du président Simbo m’ont abandonné… comme une mégot de cigarette. Ce qui m’a été insupportable, inadmissible, et m’a fait perdre ce qu’il y a de plus sacré : l’espoir et la foi.

 

 

Mieux vaut tard que jamais, j’ai actuellement repris mes esprits.

Après les illusions perdues, je suis à présent redevenu moi-même : le petit Ablo qui ne cessera jamais de lutter, tant qu’il conservera sa misérable carcasse.

 

 

Hé oui tonton Bass, quand on ne sait plus où on va, il faut au moins se souvenir d’où on vient dit l’adage.

 

 

C’est mon cas, et je dis aujourd’hui, “Alhamdoulilahi”.

 

 

Même si, pour nous de la Rue-publique, des Fantambougou, les jours, les semaines, les mois et les années passent, repassent, et se ressemblent tous. Même si, chez les gens d’en bas, que nous autres sommes, l’espérance de vie reste inchangeable : 24 heures… renouvelables.

A présent, passons à autre chose pour te dire que la troupe familiale est toujours (et j’espère pour longtemps) au grand complet. Même grand mère est toujours là et n’a perdu aucune de ses habitudes, dont celle dégoûtante à s’acheter et à manger des tripes (pourries) de chèvres à bon marché.

 

 

Aussi, dois-je te remercier, au nom des 45 bouches qui gravitent autour de la marmite familiale pour les 12.550 Fcfa et les 50 kg de riz que tu nous as envoyés.

 

 

Walahi, bilahi, je jure, tonton Bass, Dieu est grand, c’est vrai, mais, toi non plus tu n’est pas petit.

Des nouvelles de République ?   

 

 

Ici, c’est toujours la tempête. A Bamako comme à Kidal. En effet, sur le “dos du caïman”, c’est encore et toujours le Capitaine général qui fait parler de lui.

 

 

“Nul n’est et ne sera au-dessus de la loi” disait tonton Simbo dans son discours d’investiture comme président de la République. Mais, walahi, bilahi, je jure, ce n’est pas le cas concernant le Capitaine général. Et pour cause, l’ancien putschiste, impliqué de la tête aux chevilles dans le honteux affrontement entre bérets rouges et verts, la mutinerie  de Kati (qui se sont soldés par des morts, des disparus et des blessés) refuse purement et simplement de se présenter devant le juge chargé du dossier. Allah Akbar !

 

 

J’imagine ce qu’il subirait, ce vendeur de charbon de bois de Fantambougou s’il refusait (alors qu’il est convoqué) de se rendre même à ce petit commissariat de la place. Walahi, bilahi, je jure, il a bien raison le philosophe, quand il disait : “Les lois, nous savons ce qu’elles valent et ce qu’elles sont : toiles d’araignée pour les riches et les  puissants, chaînes qu’aucun acier ne peut rompre pour les pauvres et les petits.”

 

 

Concernant Kidal, c’est toujours le même problème. Cette localité n’est jusqu’ici pas redevenue malienne. Ce sont toujours ces salamandres bipèdes qui y font régner leur loi. Certains accusent la France d’en être la cause, d’autres les autorités maliennes.

 

 

Tu avais l’habitude tonton de Bass de me dire que l’âne n’obéit que lorsque, à l’aide d’un gros bâton, on lui chauffe implacablement le postérieur.

 

 

Walahi, bilahi, je jure, c’est bien ce qu’il faut, pour faire raisonner les groupes armés qui, depuis Kidal narguent la nation Malienne. Je le dis pian !

 

En attendant, je dois te signaler cher tonton que de nos jours, tonton Simbo est la seule personnalité du pays qui dort tranquillement, bercé par les chants des griots, “les parfums, les couleurs et les sons”.

Tous les autres “en haut” se demandent quant à eux, de quoi demain sera fait, car le partage du gâteau national n’est pas encore terminé. Et, il y a trop de bouches qui attendent fébrilement d’être ravitaillées.

 

 

Pour s’assurer donc de ne pas rester bredouilles, plusieurs conquérants de la bouffe facile se sont lancés dans la bataille des élections législatives qui se sont tenues hier dimanche 24 novembre.

Pendant ce temps, le pays semble comme paralysé, car ceux qui sont actuellement en “haut” et qui tiennent à s’y maintenir tremblent (et se mouillent certainement le pantalon) à l’idée qu’il y aura un remaniement ministériel après les élections législatives. Du coup, ils travaillent plus avec les charlatans qu’avec leurs collaborateurs pour faire avancer le pays.

Mais, que veux-tu tonton ?

Dans ce pays là, on dit toujours ce qu’on ne fait pas et on fait toujours ce qu’on ne dit pas.

Que Dieu sauve les “certaines choses” des nageurs que nous les petits et les faibles sommes. Amen.

A lundi prochain Inchallah !

Par ton petit Ablo !

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