Coup de griffe : Prépayé : le nouveau tyran !

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Quand je dis prépayé, naturellement tous les regards se tournent vers les opérateurs de télécommunications, ces Harpagons des temps modernes qui nous piquent nos petits sous et maintiennent en agonie permanente notre portemonnaie.

Mais c’est une erreur de penser que les sociétés de télécommunications sont les seuls parangons du prépayé. Dans cette pratique, elles sont marquées à la culotte par l’Edm-sa avec ses compteurs Isago qui lui permettent d’encaisser son argent, sans facture, pour ensuite prendre tout son temps pour la contrepartie. Et tant pis, si pour une raison ou une autre la fourniture d’électricité est interrompue à cause les délestages intempestifs, malgré vos pauvres petits sous encaissés.

On imagine alors ce que va être la vie quotidienne du consommateur lorsque la Somagep-sa chargée de fournir l’eau potable, effet de mode oblige, se mettra elle aussi à l’ère du prépayé !

Quel fardeau du consommateur face à son téléphone et son compteur électrique ! Comme si cela ne suffisait pas, les marchands de sommeil et spéculateurs immobiliers s’y mettent avec la formule : “Pour la location, le mois est payé d’avance”. Sans compter les deux ou trois mois exigés comme caution, mais qui, en réalité, ne sont jamais remboursés. De l’usure ! Rien que l’usure érigée en règle pour empoisonner la vie quotidienne des populations qui ne savent plus à quel saint se vouer.

Alors, il faut du changement ! Mais ce changement tardera de venir des écoles, surtout celles dites privées. Elles sont en plein dans le prépayé et tendent à être pires que les marchands de sommeil de Bamako. En effet, quand des écoles privées osent, entre le 5 et le 10 du mois, chasser de leur établissement des élèves, les humilier devant tous leurs camarades parce qu’on leur réclame le paiement du mois en cours, c’est grave ! Je ne dis pas le mois échu, mais bien le mois en cours qu’on leur demande donc de prépayer. “Tout mois commencé est dû”, renchérit un enseignant. Soit, mais faudrait-il en assurer la prestation pour réclamer le paiement car le mois, indivisible pour l’école, l’est aussi pour l’élève ! Mais peut-on choisir d’empêcher un élève d’accéder aux cours et de lui réclamer le règlement y afférent ? Aberration pourtant érigée en mode de fonctionnement sous l’œil et la barbe des autorités de l’Education nationale.

Le prépayé n’est pas nouveau. Il nous a toujours accompagné dans notre vie, notamment lorsqu’on payait le ticket de cinéma pour voir un film ou lorsqu’on passait à la caisse du receveur d’un bus avant-même de s’installer. C’est dire que pendant longtemps nous avons fait du prépayé sans nous en offusquer. Un acte exceptionnel mais banal, dirions-nous, devenu aujourd’hui un tyran !

C’est parce que, entretemps, la boulimie financière des chasseurs de profit est passée par-là, transformant cette exception en une règle de vie qui nous ronge et nous dérange. C’est plus grave pour le salarié moyen, appelé à distribuer ses revenus mensuels pour survivre. “Dès le 5 du mois, on fait le bilan des dépenses qui engloutissent tout le salaire pour chercher maintenant, durant 25 jours, à trouver le diable pour lui tirer la queue”, ironise un travailleur. Un autre de lui répondre : “Le diable n’a plus de queue puisqu’elle a été tellement tirée !”  Il ajoute : “Si le commerçant détaillant du coin qui nous accorde le crédit jusqu’à la fin du mois se mettait lui aussi à la mode prépayée, il ne nous restera plus qu’à demander à l’Etat, lui aussi, de faire du prépayé dans le versement de nos salaires pour aller avec l’air du temps”.

Amadou Bamba NIANG

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