Tiébilé Dramé, invité Rfi : « Gbagbo aurait dû accepter la volonté du peuple »

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Rfi : La chute de Laurent Gbagbo, ça vous inspire quoi ? Du soulagement ou de la colère ?

Tiébilé Dramé : Un sentiment d’immense gâchis et d’une profonde tristesse pour tous ces massacres, de morts de mutilés. Des exactions qu’on aurait pu éviter pour le peuple de Côte d’Ivoire et les autres voisins.

Rfi : Le journal burkinabé «Le Pays» a eu ce titre «Fin de cabale pour un gangster électoral»

T D : Ecoutez ! Je pense que le président Laurent Gbagbo aurait pu éviter à la Côte d’Ivoire, à notre sous région cette crise, cette tragédie. Il aurait été tellement beau au lendemain de cette élection qu’il accepta de s’incliner devant le verdict des urnes. Et à défaut de ça, il aurait dû le faire à la suite des efforts du panel de l’union africaine. Accepter de se retirer au nom de l’Afrique aurait été extrêmement élégant. C’est dommage !

Rfi : Oui, il aurait du le faire encore le 10 mars à Addis-Abeba

T D : Absolument !

Rfi : Ces images de Laurent Gbagbo en maillot de corps et Simone Gbagbo maintenu au sol par des militaires qui l’exhibent comme un trophée de chasse, ça vous inspire quoi ?

T D : Autant je pense que Laurent Gbagbo et le FPI auraient dû s’incliner et épargner la Côte d’Ivoire et à la sous région tout ce que nous avons connu, autant je pense qu’on aurait pu éviter de diffuser ces images qui ont fait le tour du monde qui ne nous grandissent pas. Je pense qu’un chef d’Etat, quel qu’il soit, doit être traité avec la dignité inhérente à la condition humaine avec le respect dû à son rang passé.

Rfi : En voyant ces images, est-ce que vous avez pensez plutôt à Ceausescu ou à Samuel Do ?

T D : Je pense qu’il aurait été dommage si Laurent Gbagbo et son épouse avaient été traités comme d’autres rebelles avaient traité en son temps Samuel Do. On aurait dû faire mieux, on aurait dû éviter de montrer un ancien chef d’Etat et son épouse dans ces conditions. J’espère qu’il n’a pas été porté atteinte à l’intégrité physique et à la dignité de l’ex-première dame.

Rfi : Alors cela dit, Laurent et Simone Gbagbo ont eu la vie sauve, n’est-ce pas l’essentiel ?

T D : Ecoutez ! Quand on a résisté comme ils l’ont fait, quand on a tenu tête à la Côte d’Ivoire, à la communauté internationale et à l’Afrique, peut être une autre façon de finir aurait été encore préférable. Il y en a qui évoquent le cas des autres présidents socialistes le président Salvador Allende qui, bombardé, a préféré finir débout plutôt que être dans ces conditions là. Cela dit, je ne dis pas là qu’il aurait été mieux que ceux qui ont pris la résidence de Laurent Gbagbo auraient dû le liquider physiquement. Je ne dis pas cela. Je pense que les Africains que nous sommes devons veiller à ce que ceux qui ont dirigé nos pays soient traités avec le respect et la considération dûs à leur rang passé.

Rfi : Vous ne comprenez pas pourquoi Laurent Gbagbo a promis de se battre jusqu’au bout et pourquoi à la fin il s’est rendu en disant «ne me tuez pas, ne me tuez pas » ?

T D : Je ne comprends pas qu’il n’ait pas accepté la volonté du peuple ivoirien à travers les urnes. Le combattant de la démocratie qu’il a été, l’opposant historique qu’il a été, aurait dû prendre la mesure et la volonté de changement exprimée par le peuple ivoirien. Il aurait ainsi su préserver les 45 % d’Ivoiriens qui ont voté pour lui, préserver le Front populaire ivoirien et lui permettre de jouer un rôle dans une Côte d’Ivoire démocratique. Je pense qu’il est important qu’à partir de cet insistant qu’il y ait une jurisprudence Laurent Gbagbo, une jurisprudence ivoirienne, que plus personne en Afrique ne soit tenté de s’accrocher au pouvoir. Si Laurent Gbagbo avait triomphé, je crois que ça aurait été un très mauvais message envoyé à l’Afrique. Cela veut dire qu’il ne servait rien de se battre pour la démocratie. On peut perdre et s’accrocher. Il faut en tirer d’autres leçons également parce que si le conseil constitutionnel ivoirien avait joué un rôle positif, on n’en serait pas là. Donc il faut veiller à ce que les cours constitutionnelles et les conseils constitutionnels sur notre continent ne soient pas composés d’hommes liges qui prononcent les arrêts attendus par les gouvernants du jour. Je crois qu’il y a beaucoup de leçons à tirer de l’expérience ivoirienne sur cette crise dont j’espère que les Ivoiriens tourneront rapidement la page.

Rfi : Des centaines de militaires français qui participent à l’encerclement de la résidence de Laurent Gbagbo et qui apportent un appui décisif à son assaut, est-ce que ça ne vous choque pas ?

T D : Premièrement, l’action de la Licorne et de l’Onuci a été bénie par le conseil de sécurité de l’Onu. Donc du point vu de la légalité internationale, il n’y a pas grand-chose à redire. Mais le plus important c’est que ce soit des Africains, des gens qui ont été des démocrates africains, qui ont créé les conditions de cette intervention de soldats français. Je crois que c’est ça le plus frustrant. Je pense que Laurent et le FPI auraient dû épargner à la Côte d’Ivoire ce qu’elle a vécu.

Rfi : Vous dites qu’il y a une jurisprudence Laurent Gbagbo contre tous les régimes autoritaires en Afrique. Mais êtes-vous sûr que la France soit aussi exigente au Burkina, au Togo, au Bénin ou dans les pays d’Afrique centrales ?

T D : Je pense qu’à partir de cet instant, il y a une nouvelle exigence internationale. L’Afrique et le monde ne comprendraient pas que ce qui est désormais valable en Côte d’Ivoire ne le soit pas ailleurs. Je crois que si cela est compris et appliqué par tous, l’Afrique aura tiré de la tragédie ivoirienne de l’entêtement du président Gbagbo.

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