Tribune libre : faire face au terrorisme : «La jeunesse veut vivre son avenir».

«Là où croît le péril, croît aussi ce qui sauve*». Ainsi se concluait, fin août, ma dernière tribune sur la jeunesse malienne aspirant à la paix. Je n’imaginais pas combien, en ce mois de novembre, cette pensée deviendrait si urgemment mon appel universel à tous les dirigeants de notre monde.

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Notre monde fracassé de tragédies immondes semant la mort à l’aveugle. Au nom d’une idéologie radicale contre la vie ! Celle que des millions de citoyens veulent simplement et fraternellement assumer et partager, selon leurs convictions, leurs cultures et souvent leur foi. À Paris comme à Bamako, au Cameroun comme au Nigéria et dans bien d’autres contrées, des fanatiques veulent les soumettre à leur unique loi : celle du châtiment suprême. La mort violente sous les formes les plus abjectes.

Après des cibles étatiques déjà cruellement meurtries, ces barbares sont maintenant passés à un projet «planétaire» stratégiquement planifié : imposer la terreur et la mort à ceux qui aiment la vie. L’humanité toute entière, dans toute sa diversité, est donc devenue une victime potentielle. La cible unique de leur désir de domination absolue.

Cette réalité est sidérante. Crime contre l’humanité croyante et incroyante par des attentats massifs et odieux contre des innocents.

Les condamnations politiques sont multiples. Les échanges s’intensifient, les actions se coordonnent. Mais la réponse doit enfin être à la hauteur du défi. Le sera-t-elle ?

Au delà de l’exceptionnelle solidarité populaire spontanée qui surgit à chaque attentat, du dévouement admirable des personnels de secours et médicaux et du courage sans faille des forces policières, et ce dans chaque pays où le terrorisme terrasse les citoyens de toutes origines, quelle réelle et ferme réponse vont donner les dirigeants de la planète pour protéger leurs populations ? Pour que vivent leurs populations. L’unité citoyenne dans chaque nation et la fraternisation intercontinentale et intergénérationnelle sont déjà la meilleure et solide réponse à ce fanatisme criminel.

Les peuples savent prendre les armes du cœur, de la raison, de la dignité et de l’honneur pour résister. Avec courage, volonté et imagination. Face à ces tragédies qui explosent contre des êtres civils, les peuples saisissent qu’ils ne peuvent plus être égoïstes. Ils recommencent à se parler. Ils savent que la lutte sera violente, sans doute durable. Mais ils ne la fuient pas…même si la main tueuse de l’ennemi leur semble encore invisible. Les peuples restent toujours debout même si les adeptes fous de l’obscurantisme les croient à terre.

Le tragique s’est donc «invité» presque partout contre les peuples en accélérant sa présence et en accentuant son poids. La communauté politique internationale doit maintenant non plus s’astreindre à réagir, mais à se concerter pour agir. Agir rapidement, clairement, puissamment. À elle d’en arrêter les modalités, de décider de leur planification et d’en assumer l’exécution.

Toutes les victimes du  terrorisme ont des prénoms, des visages, des histoires. Ce qui frappe cependant – sans vouloir faire de distinction de quelque nature -, c’est leur particulière jeunesse. Oui, la jeunesse de tous pays et de bien des nationalités a été foudroyée dans ses lieux de rencontres amicales, de loisirs, de travail. Assassinée dans son quotidien ordinaire, dans sa liberté de vivre comme elle le veut. Toute cette jeunesse partageait les valeurs de la démocratie et de leur république. Au Mali comme en France ou ailleurs, depuis des années, et elle l’espère, demain encore. La jeunesse de tous pays sait la menace sur ses institutions, le prix parfois à payer pour les préserver.

 

Malien, fils d’Afrique, citoyen du monde, je veux regarder la vie en face, dans les yeux de mes sœurs et frères d’où qu’ils soient, quelle que soit la couleur de leur peau, quelle que soit leur sensibilité, quelle que soit leur culture. Chaque vie est sacrée. Je me sens le défenseur de cette vie pour et avec la jeunesse de mon pays, tout comme je me sens porteur des espérances de fraternité solidaire de toutes les jeunesses.

Je me sens finalement et intensément acteur, tant sur la scène nationale qu’internationale, de l’avenir de la jeunesse.

Aux dirigeants de tous les pays, je lance cet appel solennel : «Afin que la jeunesse du monde vive son avenir, que vive l’esprit républicain, que vive la démocratie». Homme libre, je continue à vivre. Même dans l’insécurité. C’est le plus grand et le plus beau combat que je puisse mener. Déjà hier et plus que jamais demain. Avec mes sœurs et mes frères du monde entier.

 

*Poète et philosophe allemand (1770-1843)

Par Mohamed Salia TOURE

Président du CNJM (Conseil National de la Jeunesse du Mali)

 

 

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2 COMMENTAIRES

  1. “…Les condamnations politiques sont multiples. Les échanges s’intensifient, les actions se coordonnent. Mais la réponse doit enfin être à la hauteur du défi. Le sera-t-elle ?…” Les Politiques appliquent la loi et les religieux se concertent sur la religion pour en extriquer “le passe”.

  2. Avenir!!!!!! Avec des jeunes au coeur pourri de la sorte.Des Patins sans aucun ideal sans aucune vision a la traine du pouvoir .A quemander la grace du pouvoir.Aucun ideal aucun engagement

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