Narcotrafic et terrorisme : Trois Maliens arrêtés au Ghana et exfiltrés aux Usa

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    Les autorités sécuritaires et judiciaires maliennes approchées le week-end affirment n’avoir pas été saisies de l’affaire, mais toute la presse américaine, du Washington Post au Wall Street Journal en passant par Los Angeles Times et le Boston Globe, s’en  fait l’écho : trois Maliens appréhendés à Accra, mercredi dernier, ont été remis aux autorités américaines pour être déférées devant le parquet de New-York où ils ont comparu vendredi. Les suspects Oumar Issa, Harouna Touré et Idriss Abdelrahman sont accusés de trafic de drogue, de collusion avec Al Qaeda Maghreb et de financement d’activités terroristes par le trafic transnational de drogue, notamment de la cocaïne. La presse américaine révèle que le dossier d’instructions de 18 pages incriminant les trois suspects indique qu’il y a des liens de plus en plus étroits entre les narcotrafiquants colombiens des Farc et la nébuleuse islamiste Al Qaeda. Selon, le Washington Post, un communiqué publié par le procureur new-yorkais Preet Bharara, inquiet de l’alliance émergente entre Al Qaeda et les trafiquants de stupéfiants transnationaux   conclut que depuis peu « les terroristes essaient de diversifier leurs sources de revenus par le trafic de drogue ».

     Comment les suspects sont-ils tombés ?   
    D’après les informations relayées par la presse américaine, les suspects ont été appréhendés lors d’une opération coordonnée par le parquet fédéral à New York et la célèbre Dea (Drug Enforcement Administration)  à la fois aux Etats-Unis et au Ghana. Tout aurait commencé en août dernier, par un informateur de la Dea se faisant passer pour un islamiste libanais radical. Il rencontre Issa « suspecté d’appartenir à une organisation criminelle qui opérait au Togo, au Ghana, au Burkina Faso et au Mali » selon Daria Lupacchino, un fonctionnaire assermenté de la Dea. Les deux se sont rencontrés en septembre dernier au Ghana. Le prétendu islamique radical, toujours selon la version de Lupacchino, déclara à Issa qu’il représentait les membres des FARC, qui « ont pris pour cible les citoyens américains avec des attentats à la bombe, enlèvements et autres actes de violence ces dernières années ». Dans une conversation enregistrée par l’agent de la Dea, Issa déclara que ses associés avaient contourné les agents des douanes et qu’il était sûr de pouvoir faire passer de la drogue sans encombre par le désert ouest africain.  Ces premiers contacts mènent à une autre personne : Harouna Touré, qu’Issa décrirait comme la personne-clé. L’indicateur de la Dea rencontrera Touré plus tard. Il saura l’identité de ce dernier grâce au passeport que Touré oubliera dans l’hôtel où ils se sont vus, rapportera l’agent de la Dea concerné. Touré, poursuit le rapport de la Dea, aurait confié à son interlocuteur qu’il avait déjà  transporté et livré entre une et deux tonnes de haschich en Tunisie. Il ajoutera « que son organisation et Al Qaeda ont collaboré dans le trafic d’êtres humains, notamment  du journaliste bangladais, de citoyens indiens et pakistanais en Espagne », affirme Lupacchino dans son témoignage.

    Diaspora malienne sous surveillance   
    Le dossier d’instruction précisé que Touré a également reconnu son rôle dans les tentatives de kidnapper des citoyens européens et d’obtenir des visas étrangers. D’ailleurs Touré et Abelrahman rencontrés par des informateurs à la mi-novembre au Ghana, sont décrits par ceux-ci, rapporte la presse américaine comme des «rois» du désert et des “guerriers de Dieu». Pas plus tard que lundi dernier, soit deux jours avant leur arrestation et leur transfert aux Etats-unis, ils auraient participé à une réunion sur le narcotrafic. Si les inculpés sont jugés coupables, ils risquent la prison à vie. Un de leurs avocats a toutefois déclaré vendredi qu’il n’a pas encore eu accès au dossier d’instruction.  Le Mali est sous les feux de l’actualité, ces dernières semaines, à cause de l’enlèvement d’un Français à Menaka, à 400  km de Gao, et d’un jet dont l’épave a été retrouvée le 2 novembre dernier à 100 Km de Gao. Le boeing en question était semble t-il parti  d’Amérique Latine avec une cargaison de cocaïne qui n’a pas été retrouvée.    

    Au Républicain, nos efforts pour vérifier l’identité des trois inculpés en procès à New-York ne nous ont pas encore menés loin sauf pour Harouna Touré,  un ressortissant  du Cercle de Gao qui viendrait du même village que cinq autres personnes récemment arrêtés en Espagne pour trafic de drogue et intelligence avec Al Qaeda. La diaspora malienne au Ghana, notamment les ressortissants de la Région de Gao,  pourraient avoir été sous surveillance de la Dea depuis un moment déjà  en raison du nombre de plus en plus croissant de ses nouveaux riches et du prosélytisme, commente un habitant de cette région basé à Bamako.
    Adam Thiam

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