Lutte contre la désertification au Mali : Le Sahara avance et nos habitudes en sont, pour beaucoup, responsables

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Le Mali a signé la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la Désertification (CCD) le 15 octobre 1995 et l’a ratifiée le 31 octobre de la même année. Elle est entrée formellement en vigueur le 26 décembre 1996 et s’impose donc à tous. Force est malheureusement de constater que nous ne semblons pas en avoir, jusqu’à présent, mesuré la portée, tant les atteintes à notre couvert végétal et forestier, par des déboisements volontaires abusifs et des surpatûrages, entre autres, et les mises en danger d’espèces déjà trop rares, comme les plantes médicinales, perdurent. Il urge pourtant de regarder la réalité en face et d’adopter les comportements adéquats si nous ne voulons pas que, dans un délai pas si lointain que cela, la totalité de notre superficie ne soit plus qu’une extension du Sahara.

La lutte contre l’avancée du désert est à l’ordre du jour depuis longtemps au Mali. En fait, elle a toujours figuré, d’une manière ou d’une autre, à l’agenda des gouvernements qui se sont succédés dans notre pays depuis son accession à l’indépendance, quelle que soit la République.

Rappelons-nous les campagnes pour les plantations d’arbres, l’arrêt des brûlis et feux de brousse, l’utilisation de fourneaux et foyers améliorés et, plus récemment, la promotion de l’utilisation du gaz butane et des briquettes combustibles. Las, tous les efforts sont vains. Chacun continue à cuisiner au bois de chauffe et à acheter 50 F CFA de charbon deux fois par jour pour assurer «les trois normaux».

Ainsi, en 2003, le Mali, dans le cadre d’un rapport sous régional sur l’état de l’environnement rédigé par le Secrétariat technique permanent du Cadre institutionnel de la gestion des questions environementales (STP/CIGQE), organe decoordination de la lutte contre la désertification, présentait la situation comme suit: 57% de la superficie totale du territoire était de type subsaharien ou désertique (avec des précipitations (pluies) allant de 150 à 200 mm par an et 18% de type sahélien, soit entre 200 et 500 mm de pluie annuels. Selon la même source, le couvert végétal n’était que de 26, 60% de nos 1 241 238 km2 et les feux de brousse avaient détruit 14,5 millions d’hectares de surface, soit 17% de la superficie totale du pays entre 1990 et 1999, soit juste dix ans.

Le déboisement, quant à lui et malgré tous les efforts fournis par nos spécialistes et leurs partenaires est venu à bout, par activité humaine principalement, de 2 24 millions d’hectares en 4 ans, entre 2000 et 2003, soit 1,8% de la superficie du Mali. Malgré ces chiffres effarants, il est clair que nous n’avons, ni en ville, ni en brousse, compris les messages diffusés par différents acteurs, puisque nos habitudes et comportements ne changent pas.

En dehors de la période du Ramadan, peu de Bamakois, qui y ont pourtant accès aisément, n’utilisent de réchaud à gaz butane pour leur cuisine et, même pendant cette période, c’est plutôt pour réchauffer les plats qu’on leur fait appel. Lorsque vous interrogez une maîtresse de maison ou un chef de famille à ce sujet, ils ont tôt fait de vous répondre que c’est un outil dangereux. Mal utilisé certainement, mais il n’est pas difficile d’apprendre (même à l’aide-familiale) d’ouvrir, d’allumer et de refermer correctement un brûleur!

De plus, contrairement aux idées reçues, le gaz butane, largement subventionné par l’Etat, est économique à l’emploi et supporte fort bien la comparaison avec le bois de chauffe et le charbon, dès lors que l’on prend la peine d’évaluer l’impact des deux derniers sur le budget mensuel d’un ménage. En outre, l’achat des réchaud est de moins en moins onéreux, campagnes régulières de promotion oblige.

Le gros problème est qu’il est très difficile d’amener les gens à changer d’habitudes. Même lorsque l’impact de leurs mauvaises pratiques est plus que tangible. Qui ne s’aperçoit pas que les températures augmentent d’année en année tandis que le volume des pluies diminue? Quel cadre, pourtant, de retour d’une mission à l’intérieur, ne s’arrête-t-il pas sur le tronçon Ségou-Bamako pour «faire le plein» de sacs de charbon et de fagots de bois de chauffe, produits vendus à un coût exhorbitant, vu leur raréfaction, dans la capitale, pérennisant ainsi le travail des charbonniers et autres bûcherons saisonniers?

Il urge d’amener les Maliens à prendre conscience du désastre en cours, car ses effets seront malheureusement irréversibles. Les nombreuses campagnes menées en ce sens n’ayant manifestement pas encore porté fruit, il incombe aux structures spécialisées en charge de la lutte contre la désertification de changer leur fusil d’épaule. La peur du gendarme sera peut-être plus efficace pour dissuader les coupeurs d’arbres abusifs, si, toutefois, on ne permet pas que des pratiques de corruption étouffent dansl’oeuf toutes les vélléités de contrôle et de répression.

Le tarissement à la source, agrémenté d’un nouvel effort, en terme de coûts, en faveur de la promotion du gaz, des briquettes combustibles et des énergies renouvelables pourrait certainement être bénéfique, s’il s’accompagnait d’une sensibilisation de proximité. Les bons résultats obtenus dans ce domaine par les ONG oeuvrant dans le domaine pourraient bien être capitalisés et leur bonnes pratiques répliquées, pour le plus grand bien des générations futures.

Mais tout ceci n’aura un réel impact sur l’arrêt de l’avancée du désert que conjugué à des actions à grande échelle de reboisement, de préservation d’espèces, de formation des agriculteurs et éleveurs, bref de gestion de nos ressources naturelles en tous genres. Car, même s’il faut reconnaître la masse d’efforts et de financements déjà mis en oeuvre dans la lutte contre la désertification au Mali, il est indispensable de savoir que, dans un pays aussi vaste que le nôtre, qui plus est confronté à un vrai problème de niveau d’éducation de la grande majorité de sa population, les réformes instaurées mettront du temps à produire leurs effets.Espérons que, dans l’attente de la mobilisation des fonds importants nécessaire, à ce grand oeuvre, celle des esprits démarre effectivement.

Ramata DIAOURE

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