Eléphants du Gourma : Les raisons d'une mort massive

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Le ministre de l’Environnement et de l’Assainissement, Tiémoko Sangaré, a effectué une visite dans le Gourma du 8 au 9 juin 2010. Objectif : s’enquérir des causes de la forte mortalité qui a causé la mort des 21 pachydermes entre le 25 mai et le 5 juin 2010.

 Selon les explications des techniciens du Projet de conservation et de valorisation de la biodiversité du Gourma et des éléphants (PCVBG-E), le 24 mai 2010, 11 groupes, totalisant environ 180 individus, ont quitté la mare de Banzéna, principal pôle d’attraction des éléphants et du bétail en cette période critique de l’année.

Pour ceux qui ne le savent pas, la mare de Banzéna est située en plein cœur de la réserve partielle des éléphants de Douentza, classée en 1959. Située dans le ressort de la Commune rurale de Bambara Maoudé (cercle de Rharous, région de Tombouctou), la mare de Banzéna est devenue la limite nord du parcours des éléphants. De mars à fin mai tous les éléphants du Gourma y séjournent et amorcent le retour vers le sud lorsque les premières pluies tombent dans les zones de Tin Habou et de Inani. Le 24 mai dernier, c’est cette tradition que les éléphants ont voulu respecter en quittant la mare de Banzéna pour se diriger vers le lac Korarou (une distance de 70 à 80 km). Précisons qu’en cette période de l’année, les éléphants doivent cohabiter avec un cheptel domestique de 50 000 têtes du Mali, du Burkina et du Niger.

Les éléphants sont donc arrivés au lac Korarou et l’ont trouvé à sec. D’ailleurs ce lac n’est plus alimenté en eau depuis 30 ans. Les pachydermes ont cherché une autre alternative en se déplaçant vers le lac Aougoundou situé à 15 km environ de Korarou. C’est pendant ce trajet, au niveau de Dandéhilal (Kersani), les animaux sont tombés morts, les uns après les autres (11 cas sur les 21 observés).

Tenaillés par la soif, certains individus n’ont pu s’empêcher de trop boire. Ce qui leur fut fatal. Après l’abreuvement, 8 éléphants sont tombés morts aux abords immédiats du lac.  Deux autres carcasses ont été observées à des endroits plus ou moins éloignés des 19.

Selon les observations des agents du PCVBG-E, sur 21 éléphants morts, 20 sont des mâles et 13 sont des jeunes. Parmi les nombreux scénarios que l’on peut imaginer, un reste, pour les scientifiques, plausible : il n’y avait pas suffisamment d’eau pour les éléphants (au nombre de 300 individus environ) et les troupeaux domestiques avaient déjà occupé le site.

Par habitude, les éléphants n’empêchent pas les bovins d’avoir accès à l’eau. Le déplacement vers le lac Korarou était donc la solution convenable pour trouver une bonne quantité d’eau à leur convenance. D’autre part, il faut signaler qu’un éclaireur a été observé en janvier 2010 dans le secteur de Korarou, Sobou et Takouti, Commune de Diaptodji. Ce circuit n’avait pas été emprunté par les éléphants depuis plus de 25 ans. Ce qui conforte l’hypotèse de la recherche de l’eau.

Par ailleurs, la disposition des carcasses en "ligne" entre le lac Korarou et le lac Aougoundou montre que les individus sont tombés morts par l’épuisement et la soif au fur et à mesure que le troupeau progressait. Les 8 carcasses observées au bord du lac Aougoundou concernent ceux qui sont morts après avoir bu une quantité excessive d’eau (information confirmée par les paysans). L’autre indice, c’est la proportion élevée des jeunes (13 sur 21) et de sub-adultes (6 sur 21) parmi les cadavres.

Cela montre que ce sont surtout les sujets fragiles qui ont été les principales victimes.

La forte mortalité des éléphants s’explique aussi par le fait que les pachydermes doivent partager leur espace vital avec un important cheptel domestique.

Cela a été confirmé par les populations, lors d’une rencontre avec le ministre Sangaré au bord de la mare de Banzéna. Tous les intervenants ont soutenu la nécessité de créer des points pour le bétail domestique, afin que les éléphants puissent profiter pleinement de leur mare. Dans le même ordre d’idée, des proposions ont été faites par le PCVBG-E.

Parmi lesquelles la création des  points d’eaux  pour les éléphants dans les aires de conservation, celle des périmètres pastoraux dans le Gourma, la relecture du texte de classement de la réserve pour ne permettre le pâturage qu’à travers des couloirs bien balisés… Le ministre Sangaré s’est réjoui de l’adhésion des populations à la préservation des éléphants.

Il faut enfin noter que les éléphants du Gourma constituent la population de pachydermes africains la plus septentrionale. La recherche de l’équilibre avec leur milieu les oblige à effectuer de longs déplacements suivant un mouvement migratoire d’environ 1000 km.

Le ministre de l’Environnement était accompagné, pour la circonstance, du Directeur national des Eaux et Forêts, Alassane Boncana Maïga, et du Coordinateur du PCVBG-E, Biramou Sissoko.

Paul Mben (Source MEA)

 

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