Arrestations d’enseignants : Le Snec proteste et met en garde

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Dans un communiqué publié hier, le Syndicat national de l’éducation et de la culture (Snec) prend à témoin “l’opinion nationale et internationale de la grave situation qui prévaut actuellement entre certains promoteurs d’école et la section des écoles privées laïques du Snec”.

 

Selon le Snec “le mobile de cette situation n’est autre que le refus catégorique du promoteur du Collège Doulaye Baba de Doumanzana. La quasi-totalité des enseignants qui travaillent dans son collège ont entre 5 et 22 ans de carrière dans ledit Collège sans aucun contrat écrit ; autrement dit aucune garantie minium pour ces enseignants. En un mot le promoteur fait une exploitation de l’homme à l’homme.

Violation de la liberté syndicale en Commune I : 6 enseignants dont le secrétaire général des écoles privées, arrêtés et menottés devant leurs élèves.

Décidément, le Mali sous IBK ne cesse de nous réserver des surprises désagréables. En effet, des enseignants qui voulaient exercer leur droit syndical reconnu par la Constitution malienne ont été arrêtés manu militari devant leurs élèves. Cette scène s’est passée il y a quelques jours dans deux écoles privées de la Commune I.

Le promoteur du Collège Doulaye Baba de Doumanzana a engagé depuis un certain temps un bras de fer avec le Syndicat des écoles privées et laïques, un démembrement du Syndicat national de l’éducation et de la culture (Snec). Il est dirigé par Abdoulaye Fotigui Berthé. Ce dernier est sous mandat de dépôt depuis vendredi dernier après avoir passé 24 h menotté à la gendarmerie. Ils étaient au nombre de six enseignants arrêtés devant leurs élèves au Collège Doulaye Baba, sur instruction du promoteur Bolozogola.

Le différend qui les oppose est le refus catégorique du promoteur de permettre aux enseignants de syndiquer comme le stipule la Constitution du 25 février 1992. Pis, il a même saisi l’inspection de travail pour le licenciement de trois d’entre eux. Malheureusement, pour lui, l’inspection a donné un avis défavorable au licenciement.

Dans son arrogance, il est allé jusqu’à dire que son personnel, au nombre de 13 enseignants, n’est inscrit ni à l’INPS ni à l’Amo. Après avoir été entendu par sa hiérarchie, qui a écouté les deux parties, celle-ci a demandé aux protagonistes d’apaiser le climat social. Cette médiation est intervenue le vendredi 1er avril. Le syndicat, pour l’apaisement du climat, a accepté la proposition faite par les négociateurs. Malheureusement, du côté de l’autre partie, la bonne parole était tombée dans une oreille sourde.

A leur grande surprise, le lundi 4 avril, à sa demande, les policiers du 12e arrondissement ont débarqué dans la cour de l’école. Direction : les classes tenues par les enseignants. Ils sont arrêtés et menottés dans les classes et devant leurs élèves, destination le commissariat. Alertés, les responsables du Snec ont immédiatement saisi qui de droit. Aussitôt, le directeur de l’Académie d’enseignement rive gauche et son staff, le D-Cap et son équipe ont passé plus de deux heures au commissariat pour ramener le promoteur à la raison afin qu’il retire sa plainte.

Face à son refus catégorique, le dossier a été transmis à la justice qui les a placés sous contrôle juridique. Après cette humiliation de leurs camarades, le personnel, sans exception, en guise de solidarité, a arrêté les cours. Aux dernières nouvelles, on apprend qu’il a fait recours aux étudiants pour dispenser les cours en lieu et place des enseignants titulaires.

Pratique contraire aux dispositions en vigueur en République du Mali. Comme par enchantement, un autre promoteur du nom de Kassim Sidibé du lycée privé Fraternité de Sangarébougou, ayant ses entrées dans le monde de la justice et de la gendarmerie de Sangarébougou, est rentré dans la danse.

Pour la petite histoire, son école serait considérée comme le nid de la fuite et de la vente de sujets d’examens. Quand on dit “Baccalauréat Promo”, c’est au lycée Fraternité de Kassim qu’on fait référence. Kassim se sent visé et certainement, en complicité avec le promoteur du Collège Doulaye Baba, a appelé Abdoulaye Fotigui Berthé, le secrétaire général du Syndicat des écoles privées chez lui au domicile.

Après quelques échanges, les deux hommes en sont venus aux mains. Et les loubards de Kassim, sans hésiter, ont passé Abdoulaye Berthé à tabac. Il fit appel aux gendarmes. Arrivés sur les lieux, ceux-ci ont menotté M. Berthé qui passera 24 h à la gendarmerie les mains liées.

Malheur pour le camarade d’Abdoulaye Fotigui Berthé qui était venu s’imprégner de la situation. Il est lui aussi arrêté. La gendarmerie conduira les deux responsables du syndicat devant le tribunal de Commune I qui sont placés sous mandat de dépôt aux environs de 19 h 45.

Rassemblés par Nabila

 

MANDAT DE DEPOT DECERNE CONTRE DES ENSEIGNANTS

Communiqué du BEN/Snec

Les camarades : Abdoulaye Fotigui Berthé, secrétaire général de la Section enseignement privé-laïc (SEPL) du Snec et Soumaïla Berthé ont été mis sous mandat de dépôt à la prison centrale de Bamako le vendredi 8 avril 2016.

BEN/Snec :

  1. Condamne fermement l’arrestation arbitraire et illégale d’Abdoulaye Fotigui Berthé, secrétaire général de la Section enseignement privé-laïc (SEPL) du Snec et Soumaïla Berthé, s’inquiète des dérives autoritaires et des amalgames faciles dans le conflit qui oppose le syndicat et les promoteurs d’écoles privées à savoir le Collège Doulaye Baba et le Complexe scolaire Fraternité ;
  2. Le Syndicat national de l’éducation et de la culture condamne fermement la violation des libertés syndicales et le mépris de la convention 87 et 98 relative à la liberté syndicale que notre pays le Mali a signé et ratifié.
  3. Exige la libération immédiate et sans condition des personnes détenues soumises à régime d’incarcération qui viole les principes et les règles d’un Etat de droit.
  4. Exprime son soutien total à la Section enseignement privé-laïc (SEPL) du Snec et à tous les enseignants du privé laïc qui subissent les intimidations et les provocations des promoteurs privés ;
  5. Invite toutes les organisations de défense des droits de l’Homme, les forces politiques, les syndicats, la société civile au Mali, en Afrique et partout dans le monde, à se mobiliser comme un seul homme pour obtenir la libération des camarades détenus et mettre fin aux atteintes graves aux libertés syndicales.

Le Snec rappelle que cette arrestation est une violation flagrante de l’article 20 de la Constitution  malienne du 25 février 1992 qui stipule que “la liberté syndicale est garantie. Les syndicats exercent leurs activités sans contrainte et sans limite autre que celle prévue par la loi”.

Bamako, le 11 avril 2016

Pour le BEN/Snec

Maouloud Ben Kattra

Chevalier de l’Ordre national du Mali

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