Mines d’or de Yatela : La clé bientôt sous le paillasson

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A Yatela, dans la commune rurale de Sadiola, dans le cercle de Kayes, les ouvriers ne dorment plus que d’un œil. Et pour cause, cette mine d’exploitation de l’or devra bientôt fermer ses portes. Les populations , autorités locales et régionales, tous sont inquiètent des conséquences économiques de la fermeture de cette usine, qui aura donnée un nouveau visage à cette localité en presque douze ans d’existence. La nouvelle est tombée comme un couperet. La surprise est telle que la nouvelle est encore tenue au secret pour ne pas créer une situation de panique pour le nouveau pouvoir qui s’installe. C’est dire que dès l’entame de son pouvoir, le nouveau président Ibrahim Boubacar Kéïta devra faire face à une bombe sociale, dont nul ne peut prédire l’étendue du dégât que cela pourra causer sur le cours de son mandat.

 

 

Selon nos sources, les raisons invoquées par les sud-africains pour justifier la fermeture de cette mine importante sont : les problèmes de sécurisation du puits, la baisse du cours actuel de l’or sur le marché mondial et la diminution de la marge de profitabilité. La combinaison de ces facteurs a entraîné la suspension de certaines activités dans la mine, notamment l’excavation minière (creusement de trou dans le sol). Or, c’est cette partie des activités qui emploie un nombre élevé de travailleurs dans les mines. La suspension de cette activité entraînera la résiliation des contrats de prestation de services avec des sous-traitants, qui emploient le personnel exploitant au profit de la société d’exploitation des mines d’or de Yatela SA.

 

 

Par ailleurs, le personnel de la direction qu’emploie Yatela SA elle-même est également concerné par la fermeture de la mine. C’est dire que les jours à venir seront particulièrement mouvementés à Kayes. Car, il s’agit pour les autorités régionales de mettre la bouchée double pour réussir la reconversion de ces milliers d’ouvriers.  Pour l’instant la société a semble-t-il, pris les dispositions pour que les procédures de licenciement soient suivies conformément à la réglementation en vigueur au Mali, en tout cas pour le personnel qui relève d’elle. Mais, s’est-elle assurée des mêmes conditions pour les autres travailleurs qui sont à la charge des sous-traitants ?

 

 

Mais, dans tous les cas, c’est seulement dans nos pays faibles (africains), que les multinationales peuvent tout se permettre. Notamment, décider de façon unilatérale de la fermeture d’une usine en jetant dans la rue dans milliers de personnes et leurs familles et avec une forte dose de mépris.

 

 

Le hic qui fait tilt est que ces multinationales ne se font aucun souci, quant aux conséquences sociopolitiques de leurs décisions fâcheuses sur la stabilité politique et sociale dans nos pays. Sinon, nulle part au monde, elles ne peuvent se comporter de la sorte.

 

 

En effet, comment une entreprise aussi robuste comme AngloGold Ashanti et IAMGOLD peuvent-elles fermer une mine aussi importante que Yatela SA sans cri égard.  La Société d’exploitation des mines d’or de Yatela SA est une joint-venture entre les compagnies AngloGold Ashanti et IAMGOLD qui détiennent chacune 40% du capital et l’Etat du Mali qui en détient 20%.

 

 

Le projet de la mine a débuté en 1997. Mais, c’est en 2000 que la licence pour la production a été délivrée et le premier lingot d’or y a été coulé en 2001. La durée de vie initiale de la mine était de 6 ans. Normalement, la mine devrait fermer ses portes en 2007. Mais, cette date a toujours été repoussée jusqu’à maintenant.

 

 

Le gisement de Sadiola a été défini comme une zone propice à l’exploration aurifère en fonction des preuves très répandues de travaux miniers artisanaux et d’orpaillage. Les documents miniers officiels de Sadiola remonteraient à près de 300 ans, et les anciens travaux suggèrent que l’activité minière pourrait avoir eu lieu il y a plus de 1000 ans. Très tôt au cours de cette poussée vers l’exploration, la région de Yatéla a été considérée comme renfermant potentiellement de gisements exploitables.

 

 

Une première épine sous les pieds d’IBK !

À la fin de 1997, IAMGOLD et AngloGold Ashanti ont signé un accord avec la société australienne Eltin Limited pour acheter la concession Yatéla, située à 25 kilomètres au nord de la mine d’or Sadiola. L’achat a été conclu au début de 1998 et une étude de faisabilité gérée par AngloGold a débuté en mars 1998. L’étude de préfaisabilité finale a été publiée en novembre 1999. Le gouvernement du Mali a octroyé un permis d’exploitation pour le projet Yatéla en février 2000. IAMGOLD et AngloGold ont ensuite convenu de procéder à la mise en valeur de la mine d’or de Yatéla. Les actifs aurifères d’Anglo-American ont par la suite servi pour créer la plus grande partie d’une nouvelle entreprise : AngloGold Ashanti.

 

 

Au regard de ce qui précède, il y a de quoi  soupçonner les acteurs de la haute finance internationale de comploter contre le nouveau Président. Serait-ce un cadeau d’installation pour lui peut-être ? Sinon ce ne serait pas gentil d’accueillir un ancien partenaire de cette manière. A moins qu’IBK lui-même soit mêlé d’une certaine manière au coup. Peut-être, une opération de règlement de compte politique, notamment à l’adresse de son ancien mentor, le président Alpha Oumar Konaré, qui refuse à présent de le féliciter. Selon des sources bien introduites l’ancien Président posséderait des gros intérêts dans les mines. D’aucuns lui prêtent la propriété de certaines grosses entreprises spécialisées dans la location des gros engins d’excavation et de transport du minerai. Si tel est le cas, est-ce à dire qu’IBK lui-même serait derrière cette initiative ?

 

 

L’avenir nous édifiera sur cette hypothèse. En entendant ce jour, un regard rétrospectif permet de comprendre certaines choses, qui ne sont pas le fruit du simple hasard.

 

 

Le démarrage du projet en 1997 a coïncidé avec le règne d’IBK à la Primature avec sa casquette de président du parti majoritaire, ADEMA-PASJ. Une année plus tôt (en 1996), le tout puissant Premier ministre qu’il était, a du montrer tous ses muscles pour étouffer une affaire sulfureuse qui devenait très encombrante et qui impliquait un membre de son équipe (le ministre des Mines d’alors, (dont nous tairons le nom). IBK, serait donc dans la position de solder ses comptes avec son ancien mentor ? Rien n’est moins sûr. Car il maîtrise l’histoire de cette société. Affaire à suivre.

Mohamed A. Diakité

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