Décidemment, Ecobank aura battu tous les records auprès des étudiants maliens. De l’espoir au désespoir, en passant par les longues files d’attente pour l’obtention des cartes magnétiques, les omissions de noms, les guichets vides, les comptes non valides et autres tralalas : le mariage entre la banque panafricaine et les étudiants maliens semble être scellé que pour le pire. Les problèmes, en ce qui concerne cette question de bancarisation, n’en finissent pas. Les solutions, elles, peinent toujours à satisfaire les étudiants. Et comme si cela ne suffisait pas, ce sont les guichets automatiques qui commencent à bouffer les cartes comme s’ils avaient faim et le comble de l’ironie au moment où les étudiants ont le plus besoin de leurs sous pour regagner leurs familles respectives.
En début de semaine, une situation à la fois distrayante que sérieuse a attiré notre attention. C’est l’histoire d’une jeune étudiante : « Le distributeur automatique a avalé ma carte et pourtant j’avais déjà fait ma valise. Après avoir été informée de l’arrêt des cours, je me suis rendu à l’agence principale d’Ecobank Mali dans le but de retirer de l’argent sur mon compte et rejoindre mes parents. Quand je suis arrivée à l’agence principale, je me suis rendu compte que le rang était le même que celui que j’avais affronté trois jours durant pour obtenir ma carte magnétique. J’ai alors décidé de me tourner vers le guichet automatique, lorsque j’ai introduit ma carte, après plus de 2 heures d’attente, la machine me demande un code que j’ai saisi. Mais à ma plus grande surprise et au moment même où j’attendais l’argent ma carte fut bloquée dans la machine. Je me rendis alors à l’accueil où l’on me fait savoir qu’il me fallait 72 heures pour pouvoir être de nouveau en possession de ma carte. (Quelques secondes de larmes) Venue avec ma valise, croyant récupérer mon argent et aller directement à la gare prendre le car pour rejoindre ma famille le lendemain, je suis obligée de patienter. Jusqu’à quand ? (…) Sincèrement je préfère les conditions dans lesquelles les bourses étaient retirées à la fac que celles-ci, car quoique l’on dise cette bancarisation à plus pénalisé les étudiants que le système dont elle était sensée améliorer ».
Ce témoignage met peut être en exergue les problèmes d’utilisation des cartes magnétiques, mais aussi et surtout les fortes défaillances techniques de la banque. Au delà de ce constat, l’histoire de cette étudiante, comme les milliers d’autres qui se trouvent confronter aux mêmes problèmes, doit interpeler nos plus hautes autorités. Les étudiants, contrairement à ce que l’on pensait, se sont résignés face à cette décision de fermeture des amphis. Mieux, ils semblent la partager de par leur inaction. Tous ce qu’ils demandent, ce sont leurs bourses pour rentrer calmement chez eux. Malheureusement, ils sont butés à de sérieux problèmes comme si tout était mis en œuvre pour en priver certains. L’argent étant le nerf de la guerre, il faut rappeler que beaucoup d’étudiants n’ont pas manifesté contre cette décision de fermeture tout simplement car il leur a été dit qu’ils ne seront pas sevrés de leurs bourses. ‘’A défaut de sa mère, on se contente des seins de sa grand-mère’’. Autrement dit, le gouvernement a intérêt à prendre au sérieux cette histoire d’argent en rappelant Ecobank à l’ordre sinon il risque d’être buté à un sérieux mouvement de contestation contre sa décision de fermeture de l’université. La résignation des étudiants risque, avec cette question de sous, de se transformer en grogne sociale compromettant aussi bien ce vaste chantier de restructuration de l’université que la volonté de Mme Siby Ginette Bellegarde d’affronter vents et marrées pour mettre notre système d’enseignement supérieur sur les rails.
FOUSSEYNI MAIGA