Scandale de l’engrais frelate : Les auteurs connus, les sanctions attendues

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« Que des gens puissent s’amuser à fournir, à nos paysans, des engrais frelatés ! Non ! Il s’agit d’une question de santé publique, de morale et d’éthique avec laquelle je serai intraitable »

Les gestes hauts et forts, et le ton ferme, le président de la République laisse exploser sa colère, face à ce qu’il est convenu d’appeler « le scandale de l’engrais frelaté ». C’était le 26 mai dernier, à la faveur du Conseil Supérieur de l’Agriculture. Et d’ajouter, dans un tonnerre d’applaudissements : « Je ne tolérai aucune espèce de faiblesse dans ce domaine-là ! Tous ceux,  qui pensent pouvoir se jouer de nous, se jouent d’eux-mêmes. Nous les démasquerons et ils auront le sort qu’ils méritent ».

Ces menaces, à peine voilées, s’adressent à ceux qui auraient lancé et attribué   l’appel d’offres. Notamment, Bakary Togola, président de l’Assemblée Permanente de la Chambre d’Agriculture du Mali (APCAM) et le ministre  du Développement Rural ; mais aussi, la SOMADECO-SARL, fournisseur des 40.000 tonnes d’engrais frelaté.

L’enquête, sur cette affaire, a débuté le 1er juin dernier par une commission mise en place à cet effet. Objectif : faire toute la lumière sur cette affaire. Avec, à la clé, un rapport détaillé attendu, dans les jours à venir, par le président de la République.

 

Rappel des faits

 

Tout est parti d’une lettre confidentielle, envoyée par le ministre ivoirien de  l’Agriculture à son homologue malien, l’informant de la présence, au Port d’Abidjan,  d’engrais de mauvaise qualité destiné au Mali. Lettre que nous avons eu la chance de lire. Mais au lieu d’identifier les fournisseurs de ces engrais frelatés et à les mettre hors d’état de nuire aux récoltes, le ministre du Développement Rural, Bocary Tréta, met le black-out sur cette affaire. Avant d’accuser tous les fournisseurs d’engrais  d’avoir fourni, aux cotonculteurs, de l’engrais de mauvaise qualité.  C’était lors d’une rencontre, organisée courant mars, dans la salle de conférence de son département.

Surprise et colère des fournisseurs d’engrais, qui n’entendent pas se  laisser  mêler à cette affaire. Du coup, la presse s’en mêle, accusant à tort des fournisseurs et fabricants d’engrais, dont la réputation ne souffre d’aucun doute. Sur le plan national, comme sur le plan international.

 

La somadeco-sarl dans  le viseur des enquêteurs

 

Entre-temps, l’honorable Bafotigui Diallo, député du parti au pouvoir, se saisit de l’affaire. Avant d’envoyer, à Paris et en Lituanie,  des échantillons de l’engrais dit frelaté dans des laboratoires spécialisés.  Les résultats donnent le tournis. Selon le rapport d’analyse de la SGS (Société Générale de Surveillance)  l’engrais fourni par SOMADECO-sarl – du moins si on peut l’appeler ainsi – «  n’a aucune solubilité, ne répond en rien aux normes et ne pourrait que tuer la production nationale ». Et le même rapport d’ajouter : « Il manque jusqu’à 21 nutriments dans l’engrais de Somadeco-sarl, sur les 50 que doit compter la tonne d’engrais livré. Ceci représente donc un manque de l’ordre de 42 % par rapport aux nutriments requis ».

En clair, pour les sols qui seront fertilisés par l’engrais de Somadeco-sarl, les pertes en rendements sont estimées à 42 %. Du moins, si l’on en croit les spécialistes. Et ces 42 % représentent une production de 130.000 tonnes, soit l’équivalent de 40 milliards CFA.

 

L’engrais produit par  Toguna Agro-industries  jugé irréprochable

 

Pour noyer le poisson dans l’eau et, du coup, jeter l’opprobre sur toutes les sociétés et entreprises retenues à l’issue du dépouillement des plis, le ministre du Développement Rural, Bocary Tréta, avait réuni les fournisseurs d’engrais dans la salle de conférence de son département pour leur annoncer que les engrais livrés, aux cotonculteurs, sont de mauvaise qualité. Sans leur préciser c’est, plutôt, ceux fournis par Somadeco-sarl qui sont mis en cause.

Pour montrer, à l’opinion publique nationale, sous- régionale et internationale, la qualité de ses productions, le Groupe Toguna Agro-industries a, en prélude à la fête du travail célébrée le 1er mai, organisé une journée portes ouvertes. C’était mardi 28 avril.

Entreprise malienne spécialisée dans la production d’engrais agricoles, le Groupe Toguna a lancé ses activités en 2006. Il emploie 900 personnes. Ses engrais se caractérisent, surtout, par leur taux élevé en nutriments.

Depuis le lancement de ses activités, en 2006, aucun client n’a mis la qualité de sa production en doute. Ni au Mali, ni dans  les pays d’Afrique de l’Ouest, dont Toguna Agro-industries est l’unique fournisseur. La qualité des produits de Toguna Agro-industries a été sanctionnée par plusieurs distinctions internationales. Entre autres, l’international Trophy for quality obtenue en 2010 ; Star Quality en 2011 ; l’international Star for quality en 2012….

Contrairement à ce que certains avait tenté de faire croire, Toguna Agro-Industries n’importe pas d’engrais. Mais des matières premières pour la fabrication de ses engrais pour les filières cotonnières et céréalières du Mali. Et des pays de la sous-région ouest-africaine. Ses produits obéissent à la certification ISO.

 

L’engrais frelaté, déjà, livré aux paysans

 

Le plus affligeant, dans cette affaire, c’est la précipitation avec laquelle  Somadeco-sarl  a livré ces engrais frelatés aux paysans. Sans attendre les contrôles en cours. Ce qui laisse supposer qu’elle disposerait de complices dans le circuit.

Plus grave, à la réception, les pauvres paysans auraient été invités à en faire usage. Sans modération. Histoire, peut-être, d’effacer toute trace de ces engrais, jugés nocifs pour les hommes ; mais aussi, pour les céréales qui en seront issues.

D’où la détermination du président de la République à faire toute la lumière sur cette affaire. Afin que les coupables soient démasqués et punis, conformément, à leur crime.

Reste, maintenant, à joindre la parole à l’acte : la  chose la plus difficile pour nos autorités.

Oumar Babi

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