Note de lecture : “La case en carton”, un roman de Léopold Togo

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Après “Saguimé”, l’écrivain Léopold Togo reprend son fusil, je veux dire sa plume, dans l’optique d’améliorer la société malienne qui est la nôtre. Dans ce roman, la spéculation foncière et ses enjeux au Mali se trouvent dans son collimateur. M Togo est comme une caméra qui se promène. Aucun détail dans sa zone observée, n’échappe à sa vue. C’est ainsi qu’il nous offre une peinture émouvante de la misère du paysan malien en proie à une angoisse existentielle. Daran, le personnage principal est ouvrier dans une ferme appartenant à un citadin qui a eu à les déposséder de leur terre agricole. Un sentiment de révolte nait et se développe dans son cœur. C’est ainsi qu’il rêve de voir les paysans déposséder protester à travers un front unique et globalisant. Il entreprend une campagne de sensibilisation à cet effet. Il se déplace sur son vélo de village en village, en traversant des fois, des péripéties à la fois graves et comiques. La révolte bouillait dans son cœur au point qu’il osa l’exprimer crânement, lors d’une rencontre avec son patron. A sa grande surprise, ce dernier, après avoir fait son mea-culpa, décide de se racheter en payant et emménageant une dizaine d’hectares qu’il lui octroya gracieusement.

A la réception du précieux cadeau, il éprouve une intense joie, croyant ainsi être définitivement délivré de la précarité.

Avec enthousiasme, il se met au travail pour rentabiliser son aubaine. Au moment, où son “champ fleurissait d’espérance” et que “son cœur vibrait de confiance”, il a une seconde surprise, pas agréable cette fois-ci. Un homme en grand boubou brodé, affreux comme l’ange de la mort, vient exhiber un titre foncier en bonne et due forme, en vue de le débouter. Le champ est vite démoli et reconstruit sur les cendres des existants laborieusement obtenus par le paysan. L’équilibre psychologue et psychique de Daran ne put résister au choc. Il bascule dans la démence. Abandonnant le village, il se retrouve en ville au grand carrefour du centre commercial où il élit domicile. Daran construit sa case en carton et s’y installe comme n’importe quel fou, sous les regards indifférents des passants. L’image de l’homme au grand boubou brodé qui symbolise son usurpateur, le fait vivre souvent des délires de persécution. Il faut être un psychiatre comme M. Togo et surtout avoir l’imagination fertile, pour suivre le malade mental dans ses comportements déréglés et son langage ordurier.

Au village, on se préoccupe à rechercher la meilleure stratégie pour repêcher. Daran et le faire revenir à la normalité afin qu’il retrouve l’enveloppe réchauffant du terroir. Marina, une jeune fille super douée et dotée d’une intelligence hors pair, est choisie pour mener cette Mison de sacerdoce.

Au prix de mille et une difficultés, à force de persévérance et de patience, elle réussit à amener son protégé dans le giron d’une ONG chrétienne d’aide au monde rural. Comme une noix de karité qui tombe dans le panier de la ramasseuse, Daran intègre avec aisance l’équipe d’auditeurs en formation dans ladite ONG. Le fou venait d’être reconverti à la lumière vivifiante de l’évangile. Au sein de ces futurs encadreurs du monde rural, le rescapé du désespoir retrouve, en même temps que son équilibre psychologique, l’immense joie de pouvoir rester aux côtés de ses frères paysans, en position de force pour les sensibiliser autour du grave phénomène qu’est la spéculation foncière.

Arrivera-t-il à donner le déclic d’une révolution foncière ? Oui peut-être ; mais à condition que, comme son amie Marina, il prenne une bonne dose de persévérance et de patience.

Il découle de l’exploit extraordinaire de Marina que la femme intelligente, vertueuse, opiniâtre, battante…, peut modeler le monde.

Dans ce récit, un symbole apparait ; celui de la cruelle déperdition des valeurs humaines du village au contact des courants néfastes de la grande ville. Au carrefour du centre commercial de la ville, les cartons se jettent, une fois vidés de leur contenu.

De cette même manière, le cœur du villageois au contact de la cité se vide de sa substance la plus précieuse, les qualités humaines d’amour du prochain, de solidarité…

Le malade mental isolé dans sa détresse, affectionne ce carrefour où il vit pleinement sa misère et sa solitude. Ce lieu où il se nourrit des déchets d’aliments éjectés dans les poubelles par le citadin au cœur dur comme un rocher.

Imaginez un peu le calvaire infligé aux uns par la cupidité, l’égoïsme, le sadisme …, des autres !

Pour l’auteur de “la case en carton”, un catholique convaincu, la religion est une panacée pour raffermir les valeurs d’amour, de fraternité et de solidarité entre les hommes.

Son combat est noble et admirable. Aussi, pour une plus grande efficience de l’ouvrier, je pense que son exploitation audiovisuelle serait merveilleuse. Je le dis pour la simple raison que “l’homme au grand boubou brodé” et ses complices lisent rarement entre les lignes, en dehors de leurs titres fonciers.

 

Elhadj Drissa Doumbia

(Ecrivain domicilié à Yirimadio-Bamako)

 

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