Culture : Le Mali a un besoin urgent d’accès organisé et régulier à la culture

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La société malienne est en pleine mutation structurelle. Elle est très jeune : environ 80 % ont moins de 25 ans ; environ 60 % ont moins de 15 ans. Elle ne lit pas. Elle n’a pas un accès organisé et régulier à la culture. Par culture, je désigne « l’ensemble des valeurs modernes, des traditions, des pratiques, des divertissements et des œuvres qui permettent à un individu de donner un sens à son existence ». L’anarchie dans laquelle cet ensemble est installé, dans le Mali d’aujourd’hui, ne permet pas à une société de s’inscrire dans une cohésion sociale.

Cette situation est une des principales énergies de la crise multidimensionnelle que subit notre pays depuis 2012. Elle a largement contribué à la dépression de notre société. En quelques années, nos légendes fondatrices traditionnelles et nos dynamiques émotionnelles modernes communes, créées au lendemain des indépendances, ont brusquement cessé de nous mettre en mouvement et en confiance. Cette torpeur collective nous a complètement anesthésiés face aux pressants problèmes que nous devons urgemment résoudre : déconstruction de l’État, absence d’une solidarité nationale moderne, réalités implacables de l’économie criminelle, dérèglement climatique, bois et charbon de bois comme principale source d’énergie domestique, absence d’une gouvernance démographique maitrisée, évolution numérique accélérée du monde, crise sécuritaire amplifiée par les conséquences de la pandémie du Covid-19, montée en puissance d’organisations mafieuses à connotation religieuse, syndicale ou ethnique.

Ce traumatisme est particulièrement amplifié au niveau des jeunes dont l’impatience d’accéder à une vie meilleure pousse de plus en plus dans les extrêmes. Si certains ambitionnent d’aller se réfugier économiquement en occident, beaucoup d’autres sont charmés par les théories du « complotisme » occidental contre l’Afrique et se laissent très facilement embarquer dans les excès. Et s’ajoute à cette triste réalité, les entrepreneurs de l’économie criminelle qui recrutent beaucoup en leur sein, ainsi que le réseau des plus de 30 000 mosquées que compte le Mali aujourd’hui.

Un accès organisé et régulier à la culture contemporaine est en mesure de proposer une alternative à cette triste réalité et de la mitiger considérablement.

Une politique organique de cet accès va permettre non seulement de donner un « accès éclairé́ » et critique à l’œuvre artistique dans sa capacité à émouvoir et à divertir, mais aussi d’ouvrir les esprits aux innovations, à la compréhension des enjeux du monde et d’installer dans les cœurs l’acceptation de la différence de l’autre.

Cette voie est une des solutions urgentes et concrètes à la crise malienne. Elle permettra d’installer dans les esprits et dans les cœurs une vraie culture moderne et démocratique qui seule permettra que l’État soit sincèrement intériorisé comme un instrument de l’intérêt général.

La biennale artistique et culturelle est loin d’apporter cette réponse urgente.

 

Alioune Ifra NDiaye

 

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