Korè Baro au centre culturel de Segou : Yaya Coulibaly replonge dans plus de 10 siècles d’histoire de marionnettes

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Pour son dernier numéro du Korè Baro de l’année 2022, le Centre culturel Korè (CCK) de Ségou, a eu l’honneur de recevoir un Homme de culture de taille, le seul et unique détenteur et gardien des plus vieilles marionnettes du continent : Yaya Coulibaly.

 Samedi 17 décembre 2022, le public venu l’écouter est reparti satisfait. Il est le collectionneur de 25 000 masques et marionnettes dont certains datent depuis le 11e siècle. Yaya Coulibaly n’est plus a présenté. L’homme a parcouru le monde avec ses objets mythiques. Le fondateur de la compagnie Sogolon, grand gardien des marionnettes sur le continent africain, était à l’honneur à Ségou, à l’occasion de « Korè Baro ».

Au Centre culturel Korè (CCK), Yaya a séduit l’assistance sur la question des marionnettes.  « L’art de la marionnette », était le thème qu’il a développé avec aisance. A partir des mystères de l’art des marionnettistes, Yaya a fait un aperçu de la conception, la réalisation, la fabrication, la symbolique des marionnettes et leur place dans le « maaya ». C’est quoi la marionnette ? Qu’est ce qui se cache derrière les marionnettes ? Qui est marionnettiste ? Le rite autour des marionnettes, la symbolique des personnages. Ce sont-là autant de sujets qui ont été abordés par le célèbres marionnettiste malien qui a parcouru le monde plusieurs fois pour exposer ce pan de notre culture ancestrale.

A ses dires, les marionnettes ont une valeur ancestrale et « on ne peut pas parler des marionnettes, sans connaitre l’histoire du Mali ». Selon lui, ce sont deux choses qui sont intimement liées ». A titre d’exemple, il a affirmé qu’au 13e siècle, le roi du manding a reçu Ibn Batouta et « ce sont les marionnettes qui l’ont introduit chez le roi ».

Considérés comme étant  parmi les plus vieilles au monde, les marionnettes du Mali avec l’esclavage, affirme M. Coulibaly, se sont aussi même répandues jusqu’en Amérique du Sud.

Il a repartis en quatre formes de spectacles, les arts de la marionnette, qui sont « un théâtre de l’émotion, un théâtre visuel et une discipline exigeante ».

Pour le maitre de la parole, la première se tient une fois tous les sept ans et est réservée à une classe d’initiés. La seconde, semi sacrée, se joue nuitamment, dans un bois avec les grands initiés. Le troisième suit les rythmes d’une Afrique agro-pastorale qui célèbre les pluies, les moissons, la sécheresse. La quatrième forme de spectacle, c’est le populaire.

Il poursuit que « Nos marionnettes n’ont pas uniquement la fonction populaire de critique de la société, pour faire rire. Chez nous, la marionnette est révélée. Quand on la crée, elle suit un rituel. Elle est fêtée comme un être humain. On lui offre des cadeaux. On lui trouve une marraine parmi les villageoises », dit-il.

Ainsi, le besoin de « passer à travers les animaux pour critiquer la société, de mieux l’organiser et d’avoir un comportement exemplaire passe ainsi par-là.

Transmission de « père en fils » mais…

Celui qui se dit être l’un des derniers survivants de cette Afrique mystique pense que dans le contexte actuel, les marionnettes sont une arme culturelle. Elles permettent aux Maliens de se réapproprier leur propre culture.

Sur la question de la transmission, il dira que les marionnettes sont liées à des rites d’initiations (filles et garçon). Sans être marionnettistes, le débateur poursuit que ce rôle de marionnettiste ne peut revenir à une femme. « Cependant, sans être marionnettistes, les femmes jouent un rôle important dans l’animation des marionnettes », a-t-il indiqué. Avant d’ajouter, qu’aujourd’hui encore, c’est une tradition héréditaire. Les pères transmettent à leurs fils, mais pas forcément à l’aîné. Il faut être « élu », le jour d’une cérémonie.

Il faut rappeler que le Mali est un des pays où se trouve les origines de l’art de la marionnette. Yaya Coulibaly, avec sa troupe Sogolon, est un des plus brillants représentants de la création et du patrimoine africains dans cet art.

A.S.

 

 

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