Biennale photo 2011 : Flou artistique ou flou malveillant ?

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Le Mali abritera, du 5 novembre au 5 décembre 2011, la 9ème édition des Rencontres de Bamako, Biennale africaine de la photographie. Ce grand événement, qui célèbre la photo et qui, depuis l’édition de 2007, associe la création vidéo, est, officiellement, co-organisé et co-produit par l’Institut français et le ministère de la Culture du Mali. Si, en réalité, c’est ce moment de communion, d’échange et de collaboration entre les professionnels de l’image du continent qui justifie l’existence au Mali de la Maison africaine de la photographie, le paradoxe malien fait que les Rencontres, aujourd’hui, en réalité, n’ont rien à voir avec cette maison. On ne s’en émeut plus !

 

Le Délégué général des Rencontres est d’abord le directeur d’une autre institution : le Musée national du Mali. Ce n’est pas anormal. Si ce dernier est plus compétent que le Directeur général de la Maison africaine de la photographie.

 

Ailleurs, on chercherait peut-être à comprendre pourquoi alors on maintiendrait en place un responsable supposé incompétent, quitte à ôter tout sens à sa mission première et à surcharger un autre responsable, si volontaire et si hyperactif soit-il. Mais ici n’est pas ailleurs. Il n’y a rien à comprendre. On peut circuler ! Mais, bon sang, de quoi je me mêle ? En fait, si j’en parle, c’est simplement pour situer le contexte de ma chronique.

Le 3 janvier 2011, un appel à candidatures invitait tous les photographes et vidéastes du continent africain, quels que soient leurs lieux de résidence, à présenter des travaux correspondant au thème «POUR UN MONDE DURABLE». Le dernier délai pour le dépôt des candidatures, initialement fixé au 15 mars, a été repoussé jusqu’à la fin du même mois. Et l’appel mentionnait clairement que “Les résultats seront communiqués, uniquement par courrier, au début du mois de mai 2011”.

 

Mais, jusqu’aux premiers jours de ce mois de juin, nous avons dû nous renseigner auprès de plusieurs candidats résidant au Mali : pas un seul n’avait encore reçu de l’organisation un courrier annonçant les résultats officiels de l’appel à candidatures ! Certains avaient eu la liste des 55 heureux élus de l’exposition internationale de 2011 (dont 45 photographes et 10 vidéastes), grâce à des amis ayant des amis parmi les décideurs de CulturesFrance (désormais Institut français). D’autres, fatigués de chercher en vain sur le site de l’Institut français et sur celui des Rencontres, en étaient encore, le 4 juin dernier, à se demander jusqu’à quand les résultats seraient communiqués !

 

Et, pourtant, il nous a été dit que les résultats étaient disponibles depuis plus de deux semaines déjà !

 

Mais, comment donc expliquer le fait que le Délégué général des Rencontres de Bamako ne se presse pas d’informer les candidats «par courrier» ? Pourquoi les photographes maliens, qui devraient être les premiers informés (avantage d’être dans le pays organisateur), doivent-ils avoir recours à la France pour se faire servir une liste officieuse ? Est-ce le goût du suspense, question de faire mariner les candidats à petit feu ? Est-ce la volonté de faire douter les candidats de leurs travaux et donc de leurs compétences ? Y a-t-il une gêne à communiquer les résultats parce qu’ils seraient «mauvais» pour le Mali ?

 

D’autre part, je suis curieux de savoir pourquoi un appel à candidatures, largement diffusé et publié dans des journaux, ne peut pas donner lieu à des résultats tout aussi largement diffusés et publiés dans des journaux, même si, en même temps, les candidats doivent recevoir des courriers spécifiques. Ne gagnerait-on pas en crédibilité et en transparence ? Y a-t-il un secret à garder quant aux résultats ? Le moins que je puisse dire, c’est que, dans cette affaire de biennale photo, il y a trop de flou ! Flou artistique ou flou malveillant ? Toujours est-il que c’est un flou gênant qui n’honore personne !

Je voulais rappeler, avant de terminer, que les Rencontres africaines de la photographie ont 17 ans et que, malgré le changement de dénomination en Rencontres de Bamako, biennale africaine de la photographie, les grandes décisions sont prises en France où sont réalisés aussi tous les tirages. Malgré tous les beaux discours de novembre 2009, qui ont laissé croire que le Mali s’appropriera de plus en plus de «ses» Rencontres ! Alors, cette biennale restera encore longtemps un festival français organisé en terre malienne. Pour un public européen ! De toutes les façons, le Malien moyen est trop préoccupé par la cherté croissante de la vie et ce n’est pas la photo, même celle d’un poisson, qui le soulagera !

A tous les soi-disant souverainistes qui aiment écrire, marcher et crier contre l’impérialisme occidental au regard de ce qui se passe ailleurs, j’ai envie de dire, voilà au moins un sujet digne de réflexion : comment l’Afrique peut-elle se soustraire de l’impérialisme occidental non pas en gueulant sa souveraineté urbi et orbi mais en formant bien (selon les normes occidentales, hélas !) ses fils et ses filles qui seront suffisamment dignes, suffisamment responsables et suffisamment capables d’imposer leurs savoirs et leurs connaissances comme alternative à la domination de la pensée occidentale ? Sinon, on fera toujours du sur place et on divaguera toujours en criant à tout propos « néocolonialisme » par-ci, « impérialisme » par-là. Sans rien dire de notre immaturité chronique et de notre dépendance mentale aiguë à l’Occident.

 

Vous voulez donc des Rencontres de Bamako à la sauce africaine ? Repassez plus tard, s’il vous plaît, on n’est pas prêt !

Bien à vous

Par Minga S. Siddick

 

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