Aminata Dramane Traoré : «La solution militaire ne doit être envisagée que par les Maliens»

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Militante altermondialiste et auteur de nombreux essais à succès sur l’Afrique dans la mondialisation, Aminata Traoré expose sa lecture de la crise que traverse son pays, le Mali.

Aminata Dramane Traoré au centre (en violet) photo Slate Afrique)

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Le groupe islamiste Ansar Dine, qui contrôle avec d’autres mouvements armés le nord du Mali, s’est dit le 18 juin prêt à négocier avec la médiation conduite par le Burkina Faso, qui lui a demandé de rompre avec les “terroristes” d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi).

       Slate Afrique – Comment expliquez-vous qu’Amadou Toumani Touré (président du Mali jusqu’au putsch du 22 mars 2012) ait participé à cette mondialisation militarisée que vous dénoncez en négligeant sa population et notamment la jeunesse. La responsabilité en revient-elle à cette communauté internationale, notamment à la France qui l’aurait empêché d’agir, ou est-ce que c’est aussi et peut-être d’abord la responsabilité des Maliens?

Aminata Dramane Traoré – C’est l’échec de la pensée unique en matière de  développement comme de démocratisation qui est en cause du fait de la volonté d’hégémonie des puissances occidentales. Les dirigeants élus servent d’intermédiaires et d’alliés dans ce travail de démantèlement des barrières  et de dé-protection des populations, en ville comme à la campagne, avec des conséquences particulièrement graves dans des zones écologiquement fragiles comme le Nord du Mali.

Le terrorisme intellectuel qui sévit dans l’analyse des rapports de force au niveau international interdit aux gens du sud d’intégrer les contraintes extérieures et le jeu des intérêts dominant dans leur discours. Le filtrage et le matraquage médiatiques font le reste.

Le président Amadou Toumani Touré   était présenté et se percevait certainement lui-même comme le «soldat démocrate.» Le Président Alpha Oumar Konaré était, quant à lui, «l’intellectuel démocrate» qui avait aussi un rôle majeur et historique à jouer dans le changement auquel les Maliens et les Maliennes s’attendaient, notamment dans le domaine de l’éducation.

Que s’est-il s’est passé pour que le pays de ces deux dirigeants africains se retrouve dans  cette situation?  Il se passe que vous n’avez pas de démocratie sans assise économique solide, de manière à répondre  aux aspirations légitimes de vos concitoyens et concitoyennes. Il ne suffit pas de dire à des êtres humains, éprouvés et désemparés par le chômage, la faim, et d’autres maux, de bien élire leurs dirigeants et ensuite de rester tranquillement chez eux pendant  que ces derniers appliquent les politiques que leur dictent  les argentiers.

La «transition démocratique»  s’est inscrite au Mali comme dans d’autres pays aujourd’hui en crise après la chute du mur de Berlin, dans un environnement international monolithique où il faut ouvrir les économies nationales à la compétition, réduire la masse salariale, supprimer les dépenses considérées comme improductives.

C’est dire jusqu’à quel point le défi majeur dans notre pays n’est  pas la transition en tant que telle, ni l’alternance politique mais l’alternative à un modèle économique structurellement défaillant, incapable de satisfaire les besoins les plus élémentaires des êtres humains. C’est dire jusqu’à quel point l’option militaire n’est en rien la solution à cette crise multi-facette et d’une grande complexité.

Slate Afrique – Si dans le cadre d’une concertation démocratique comme vous le souhaitez, on vous propose d’assumer des fonctions politiques, est-ce que vous y seriez disposée?

A.D.T – Je voudrais lever toute ambigüité à ce sujet: je suis à la fois consternée et concernée par le sort de mon pays et cela ne date pas d’aujourd’hui. Contrairement à ce que d’aucuns racontent, je ne suis pas à la recherche d’une fonction politique. Je suis déjà passée par là et n’en ai pas gardé un bon souvenir.

Mais par ailleurs, je sais par expérience, l’énorme difficulté de mener à bien une initiative,  quelle qu’elle soit,  quand on n’a pas d’appartenance politique, du fait du clientélisme et des  torpillages. C’est pour cette raison que j’avais pensé à me présenter à l’élection présidentielle de 2012, non point parce que j’avais des chances de gagner, mais pour contribuer à l’indispensable débat sur les alternatives africaines à la crise systémique qui ne nous épargne pas, n’en déplaise à nos libéraux, chantres de la «mondialisation heureuse.»

Au contraire l’Afrique paiera cher pour la relance de la croissance mondiale au plan politique, économique, social et environnement, si nous nous ne sommes pas plus lucides, plus vigilants et plus solidaires.

Pour l’heure, il m’importe de poursuivre mon travail de déconstruction de certaines idées reçues sur l’Afrique, le développement, la démocratie, les femmes etc. C’est ma modeste contribution à la construction d’une pensée économique et politique africaine pertinente face aux énormes défis auxquels le continent est confronté. C’est elle qui confèrera à la démocratie son sens parce qu’enracinée dans le terreau fertile de la culture et des valeurs.

Slate Afrique – Le débat est en effet très utile, mais quand il y a des éléments d’Ansar Dine ou d’Aqmi qui sont à Tombouctou, peut-on vraiment débattre avec eux? Est-ce souhaitable?

A.D.T – Nous pouvons transformer cette crise, dite malienne, en opportunité: celle de mieux comprendre notre pays et d’inviter les acteurs politiques et institutionnels nationaux, africains et internationaux, à mieux appréhender les exigences de la paix et de la sécurité dont celles des peuples dans la bande sahélo-saharienne. Cette perspective ambitieuse mais incontournable exige que nous fassions preuve d’imagination et de créativité politique, mais aussi de rigueur et d’honnêteté dans l’analyse des rôles et des responsabilités de tous les protagonistes.

Il faut en finir avec cette lecture caricaturale de la situation de notre pays, qui met en scène des organisations africaines irréprochables, face à une junte militaire qui en renversant le régime de Amadou Toumani Touré, aurait facilité l’invasion et l’occupation des trois régions du Nord. Le régime déchu ne tenait qu’à un fil. La situation sociale et politique était explosive. L’armée n’était plus que l’ombre d’elle-même.

Prendre nos responsabilités en tant que Maliens

Le coup d’Etat n’est que le résultat d’une mutinerie conduite par des officiers subalternes. Il est survenu au moment où l’évènement tragique d’Aguelhok avait eu lieu, et des villes comme Ansango, Ménaka, et Tessalit étaient déjà prises. Nos soldats avaient le moral aux talons. Rien ne garantit qu’ils auraient pu empêcher le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) d’atteindre ses objectifs.

Au point où nous en sommes, il vaut mieux prendre nos responsabilités en tant que Maliens et Maliennes, en parlant entre nous, faisant preuve de notre propre capacité d’analyse, de règlement de nos conflits et d’anticipation.

Primordiale est la participation de toutes les composantes de la société malienne à l’analyse de la situation et à la recherche de solutions de sortie de crise. Aucune institution sous régionale ou régionale, si bien intentionnée soit-elle, n’a le droit de décider à notre place. Les évolutions qui sont en cours sur le terrain en termes d’alliances,  de ruptures ainsi que de résistance des populations locales sont à prendre en compte.

Les communautés du Nord du pays dans leur ensemble dont les Touareg, qui contrairement à une idée qui tend à se répandre, ne sont pas tous des rebelles et des séparatistes, ont un rôle à jouer. Quant aux autres communautés, Songhay, Peuls, Arabes, elles sont en train de  réagir et de s’organiser, parce que déterminées à ne pas se laisser coloniser par une poignée de séparatistes instrumentalisés.

Je n’attends pas de la France et des États-Unis qu’ils donnent à l’Union Africaine (UA) et à la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) les moyens militaires de nous entre-tuer. Confrontés aux conséquences sociales et écologiques gravissimes de leur modèle de développement, et à l’insurrection populaire sous leurs propres cieux, les puissants de ce monde doivent savoir qu’ils embrasent nécessairement nos régions en y convoitant les ressources naturelles au prix de l’ingérence et du sabotage de la démocratie par et pour le peuple.

Mais le schéma se complique parce qu’il n y a pas que les puissances occidentales  défendant leurs intérêts face aux émergents notamment la Chine. Comme en Libye de nouveaux acteurs, dont le Qatar et l’Arabie  Saoudite sont dans la course  aux ressources naturelles et aux terres agricoles. Au plan diplomatique, la France  et les États-Unis, en amis de ce pays devraient leur demander de couper les ponts avec les groupes islamistes au lieu de pousser la Cédéao à engager des soldats de la sous-région dans une aventure dont nul ne mesure la durée et aux conséquences dangereuses.

S’agissant des rebelles du MNLA ils commettent une faute grave en prétendant que les deux tiers du pays constituent leur territoire historique. Ils se trompent de défi et de guerre ainsi que d’alliances comme l’atteste l’évolution de leurs relations avec Aqmi et Ansar Dine. Entre leur ancien statut de Maliens et de Maliennes déçus ayant le sentiment d’être marginalisés, qui peut changer à la faveur d’un dialogue et d’une réconciliation véritable et la charia, je me dis qu’ils sauront choisir. Le plus tôt sera le mieux pour nous tous.

La solution militaire ne doit être envisagée que par les Maliens, lorsque le dialogue politique, social et religieux aura échoué. Le dialogue dont il s’agit doit être engagé dans les meilleurs délais sur la base d’un bilan rigoureux non seulement des précédents accords  mais aussi du volume et de l’impact des politiques de développement mises en œuvre. Combien? Dans quels secteurs?

A qui les fonds investis ont-ils profité? Ces mêmes questions s’imposent dans  le sud du pays. Ce qui revient à dire que la transition ne devra pas être réduite à la préparation de la prochaine élection présidentielle. Elle doit être aussi et surtout l’heure d’un diagnostic rigoureux et honnête de l’impact des réformes économiques, politiques et institutionnelles si l’on veut réellement donner une seconde chance à la démocratie et à la paix durable au Mali, au nord comme au sud.

Parallèlement à ce processus de réappropriation politique et institutionnelle, la priorité devra être accordée au réarmement moral des militaires maliens ainsi qu’à leur formation et à la mobilisation des moyens qui leur ont  fait cruellement défaut dans la défense des trois régions du nord. Cette perspective n’exclut en rien une coopération étroite avec la Cédéao et tout autre partenaire extérieur,  respectueux de la souveraineté de notre pays et de notre dignité.

S’agissant des composantes d’Aqmi et Ansar Dine, l’équation est beaucoup plus difficile du fait de leur radicalisme religieux et de leur volonté de créer un Etat islamiste, régi par la charia. Mais même là, il ne faut pas désespérer. Il est arrivé aux Etats-Unis d’Amérique   d’avoir des pourparlers avec les Talibans, Le Président afghan Hamid Karzai en témoigne  dans un entretien au Wall street Journal.

Je fais confiance, sur ce plan, aux autorités religieuses du Mali, notamment le Haut Conseil Islamique. Mais toutes les bonnes volontés devront contribuer à la recherche de solutions pacifiques à cette dimension de l’occupation que ni le MNLA ni ses soutiens occidentaux n’avaient appréhendée à sa juste mesure.

Slate Afrique – Comment sortir de la crise?

A.D.T – Pour conclure, je voudrais m’adresser à mes concitoyens, notamment les populations, hommes, femmes, mais surtout les jeunes qui continuent d’être délibérément privés des clés de la compréhension de notre situation, de ne pas culpabiliser, ni désespérer.

La crise gravissime que nous traversons et que certains analystes et observateurs regardent de haut en la qualifiant de malienne, n’est que l’une des expressions du désordre mondial et d’un leadership distant des populations souvent arrogant et corrompu.

Les démocrates et les républicains auto-proclamés qui se posent en victimes au lieu de reconnaître leur part de responsabilité dans l’état de déliquescence des lieux et auront transformé l’espérance démocratique des années 90 en un immense désespoir. Il suffirait  que les partis politiques, ainsi que  l’ensemble de nos institutions acceptent de faire leur propre bilan en vue de se mettre résolument au service de leurs concitoyens, en l’occurrence les plus vulnérables qui attendent des réponses crédibles et honnêtes à leur demande de dignité.

Source  : Slate Afrique

Propos recueillis par Pierre Cherruau, Christian Eboulé et Abdel Pitroipa

 

Mali: «Nous sommes dans une démocratie de façade»

Militante altermondialiste et auteur de nombreux essais à succès sur l’Afrique dans la mondialisation, Aminata Traoré expose sa lecture de la crise que traverse son pays, le Mali.

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Slate Afrique – Vous avez été aperçue parmi les visiteurs du Capitaine Sanogo au camp militaire de Kati durant les premiers jours du putsch. Quelle était la raison de ces visites?

Aminata Dramane Traoré – A ce sujet aussi je voudrais vraiment que certains de mes concitoyens me laissent en dehors  des querelles intestines et fratricides qu’ils préfèrent, visiblement, au débat de fond sur ce qui nous arrive et comment nous en sortir.

Contrairement à ce qu’ils prétendent je n’ai pas rendu visite au capitaine Amadou Haya Sanogo. J’ai répondu, comme d’autres Maliennes et Maliens, à son appel parce qu’il a cru devoir prendre attache avec les uns et les autres en vue de les informer de vive voix de sa motivation et de celle de ses compagnons.

Il se trouve que dès le 7 Février 2012, bien avant le coup d’Etat,  j’avais créé avec d’autres camarades, au niveau du Centre Amadou Hampaté Bâ (Cahba) que je dirige, un groupe de travail sur des solutions concertées et pacifiques de sortie de crise. J’ai demandé à certains membres de ce groupe de m’accompagner à Kati. C’est ce que nous avons fait. J’en suis devenue, à mon grand étonnement, une pro-putschiste. Selon mes détracteurs, mon tort serait de n’avoir pas condamné, même par principe, le coup d’État. Je ne condamne pas par principe. Parce je sais que nous sommes dans une démocratie de façade. Je ne juge et ne condamne que par conviction après avoir analysé la situation dont il s’agit.

Je crois d’une manière ou d’une autre que la partition de notre pays et l’occupation des trois régions du Nord constituent une réalité suffisamment dramatique pour ne pas soumettre notre société à d’autres déchirures dont celle qui fait des uns des démocrates, parce anti-putschistes, et des autres des apatrides ou presque. C’est trop simple et trop facile en ce qui me concerne. Je milite pour une démocratie qui ne s’habille pas de la légitimité de façade que confère le vote lorsqu’il ne donne pas lieu aux changements auxquels aspirent les électeurs et les électrices.

Slate Afrique – Mais est-ce que vous comprenez aujourd’hui les critiques contre l’ex-junte selon lesquelles, ils instrumentaliseraient la rue pour installer le capitaine Sanogo au pouvoir notamment après l’agression dont a été victime le président Dioncounda?

A.D.T – Cette agression que je déplore illustre le manque total de repères et d’ancrage culturel des processus dits de développement et de démocratisation. Nous appartenons à des sociétés qui ont leurs propres mécanismes de gestion des conflits et de négociation qui n’ont pas leur place dans un contexte où des institutions extérieures prennent le pas sur les espaces, les valeurs et les repères qui nous sont familiers.

Nous nous devons d’en tirer toutes les conséquences de telle sorte que la douleur et la colère du peuple malien puissent trouver leur expression dans le cadre de débats contradictoires. Cette exigence est à la fois vraie pour l’état national et pour les Etats regroupés au sein de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest (Cédéao) et de l’UA. La Cédéao, en encourageant le Président Dioncounda Traoré à se maintenir en poste au-delà des quarante jours, alors qu’il avait déclaré qu’il n’y resterait pas une minute de plus si le peuple malien ne voulait pas de lui, ne l’a-t-il pas exposé à la vindicte populaire?

De quel droit l’organisation panafricaine, qui se montre si maladroite et si anti-démocratique dans la gestion de la situation dramatique de notre pays, se permet-elle de proférer des menaces, dont celle de réprimer toute résistance à la restauration de l’ordre constitutionnel dit normal?

Restauration dont le peuple devrait pourtant être le premier instigateur et l’unique garant. Pourquoi la «communauté internationale», qui continue d’encenser le «printemps arabe», est-elle incapable de comprendre la colère et le désespoir des Maliennes et des Maliens, même si le fait de s’attaquer à l’intégrité physique du Président par intérim est inacceptable et condamnable?

S’agissant de la responsabilité du capitaine Amadou Sanogo, je n’ai pas les moyens de la prouver. Si je ne m’abuse. Des voix plus autorisées que la mienne, dont celle du premier ministre Cheick Modibo Diarra, se sont prononcées sur ce sujet.

Slate Afrique –  Les soupçons d’instrumentalisation portent sur la présence de l’armée au Palais et son manque de réaction face à l’agression de la foule…

A.D.T – Encore une fois, il ne faut pas sous-estimer la souffrance et le désespoir de la rue. Je ne pense pas que l’on puisse instrumentaliser si facilement des gens qui attendent impatiemment depuis vingt ans un changement démocratique répondant aux questions de vie ou de mort auxquelles ils sont quotidiennement confrontés.

Si ces laissés-pour-compte estiment avoir trouvé dans le coup de force du 22 mars 2012 l’occasion de tourner une page, je ne pense pas qu’ils se laissent pour autant instrumentaliser. Ceux d’entre eux, qui soutiennent le Capitaine Sanogo et ses camarades, sont d’abord des déçus de la démocratie libérale affairiste et corrompue.

Ils considèrent que sans le coup de force de mars 2012, le Mali serait encore dans la politique consensuelle du régime déchu, totalement muette sur le chômage endémique, la pauvreté, la corruption et l’impunité. C’est pour cette raison qu’ils attachent tant d’importance à la transition.

Slate Afrique –  Pour finir sur cette question de Sanogo, il y a quand même quelque chose qu’il faut noter. Il y a d’un côté, des pro-junte et de l’autre côté des anti, y compris au sein de la jeunesse dont vous dites qu’elle soutient Sanogo. Une partie de la jeunesse est quand même contre ce putsch…

A.D.T – Je n’ai pas dit que toute la jeunesse soutenait Sanogo. Mais force est de constater qu’il s’est constitué au lendemain du coup d’État, de manière spontanée, un nombre considérable de comités de soutien à ses auteurs, tant à Bamako qu’à l’intérieur du pays. Ce phénomène, que la plupart des médias passent sous silence est hautement révélateur du niveau de la déception de ceux et celles pour qui la démocratie devait œuvrer.  C’est cette réalité qu’il nous faut examiner avec la rigueur et l’honnêteté intellectuelle qu’exige la gravité de notre situation.

Quant à la division de la jeunesse malienne entre pro et anti putschistes, elle résulte comme celle de leurs aînés d’une divergence de lecture des faits qui n’est pas de nature à aiguiser leur conscience sociale et politique quant aux enjeux des mutations en cours. Ces jeunes divisés et souvent en colère contre le destin qui leur est infligé, se demandent pourquoi le chômage, la pauvreté, la faim, l’exil, et la guerre. Ils ont également besoin de gagner en confiance en eux-mêmes et en leur pays en vue de participer pleinement à sa reconstruction

Slate Afrique –  Sanogo n’a pas fait preuve d’une attitude de nature à démontrer un manque d’ambition. Comment expliquer qu’il soit à la fois accroché à certains privilèges que pourraient lui donner un statut d’ancien chef d’État  et en même cet homme providentiel d’une partie du peuple malien?

A.D.T – Ce n’est pas à moi de répondre à ces questions. Je crois qu’il ne faut pas occulter  celle plus fondamentale et plus urgente, de la démocratie et de la justice. Les  Maliens et les Maliennes, en l’occurrence les jeunes, aspirent à un leadership qui soit en phase avec leur demande de justice et de dignité. La focalisation du débat sur le capitaine Sanogo qui est le dernier arrivé sur la scène politique malienne, participe de cette tendance à la personnalisation à outrance du débat politique dans laquelle nous excellons en Afrique.

C’est le meilleur moyen de faire l’impasse  sur les circonstances qui ont occasionné le coup d’Etat. On perd ainsi de vue les exigences politiques, économiques, sociales et culturelles qui, dans l’avenir, pourront nous mettre à l’abri de ce type de dénouement.

La Cédéao, dont la mission première est l’intégration économique,  aurait dû éviter de s’enfermer dans une sorte de tête à tête avec Sanogo,  en accordant  l’attention nécessaire au cri de détresse des Maliens et des Maliennes qui, bien avant  la rébellion et le coup d’État, descendaient régulièrement dans la rue  pour se faire entendre. Ils sont restés inaudibles.

Mais comment reprocher ce déni de démocratie de la part de la Cédéao qui tente  tout simplement de s’acquitter de la mission ingrate de parrain sous-régional de la  gouvernance mondiale, qui lui a été récemment assignée? A l’instar des États qui la composent, la Cédéao s’est s’inscrite dans une logique ultralibérale avec un coût social d’autant plus élevé que le jeu politique consiste à se positionner non point pour défendre les biens communs mais pour séduire les «bailleurs de fonds»,  se maintenir au pouvoir ou en sortir en veillant sur ses arrières.

Slate Afrique – Justement, quand vous parlez des parrains régionaux, un certain nombre d’observateurs pensent que le président du Burkina Faso joue un rôle de pompier-pyromane. Que pensez-vous de son rôle au Mali? Y a-t-il intérêt?

A.D.T – Je ne l’ai pas approché de près pour comprendre sa lecture de la situation et n’ai pas envie de spéculer sur les rôles et les intérêts spécifiques des protagonistes de cette crise. Il m’importe davantage de les interpeller-en tant que dirigeants- qui, par le truchement de la Cédéao et de l’UA, engagent aujourd’hui, de manière injuste et fort risquée, le destin du peuple malien par conformisme à un dogme politique qui n’a rien à voir avec  la démocratie par  et pour le peuple.

Slate Afrique – Sans citer de noms, penser vous qu’il y a des acteurs politiques et économiques de l’Afrique de l’Ouest qui peuvent avoir intérêt à ce que des conflits durent au Mali, comme cela a été le cas en Côte d’ivoire, en Sierra Leone, au Libéria?

A.D.T – Je suis peut-être naïve mais j’ai du mal à croire, au point où nous  en sommes dans nos différents pays  qu’au lieu d’œuvrer pour la paix certains dirigeants s’ingénuent à déstabiliser leurs voisins en  difficulté.

Source : Slate Afrique :

Propos recueillis par Pierre Cherruau, Christian Eboulé et Abdel Pitroipa

 

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30 COMMENTAIRES

  1. Badr, elle s’oppose à la démocratie façon occidentatle avec son lot d’ingérence mais enfin êtes vous aveugle ou quoi. vous ne comprenez pas que nous sommes de gros esclaves avec des chaines invisibles. Je ne sais pas ce que vous ne comprenez pas. Non en fait je comprends vous êtes de mauvaise foi. En plus vous êtes contre les femmes qui sont en vue et vous dans l’ombre. C’est la bas que vous excellez et c’est la bas que vous allez rester toutes votre vie.

  2. Dégage, Aminata est une bénédiction pour le Mali. Elle nous montre que notre problème va au dela du Mali et qu’il faut qu’on ouvre les yeux. Il faut qu’on sache ou situer le problème pour trouver des solution goblaes et locales. Elle nous invite à la reflexion. chose que nous n’aimons pas au Mali. On prefere personnaliser le débat comme dans les differents commentaires que je lis. reflechisons cela demande des efforts et c’est ce que fait cette femme.

  3. tapalapa, le Mali est un grand pays souverain avec des grands Hommes. Le Mali se relevera car c’est un grand peuple et souverain. C’est ce que la bonne dame essaye de vous expliquer mais vous même vous vous conduisez comme des mendiants d’aide de je ne sais qui. Cette aide ne viendra jamais. arreté donc de quémander et organisez vous.

  4. Babaduhon,pourquoi tu ne pose pas la question et le problème des armes a ceux qui ont géré la défense pendant 20 ans. C’est la bas le problème.

  5. Madou C’est toi qui es négatif si tu ne tire rien de bon de cette analyse c’st que tu es bouché. Et que tu ne comprendras jamais rien. D’ailleurs c’est a cause gens comme vous que nous sommes dans l’impasse. Qu’est ce que tu proposes. Puisque toi tu ne blablates pas?

  6. Vraiment madame laisse nous respirer, je suis malien et je demande une intervention militaire. Vous ne pouvez pas parlez à la place des maliens. Si on fait un sondage c’est sûr que la majorité des maliens voteront pour la guerre.

  7. bla bla bla bla…………………..le discours de Mme peut continuer encore 36 pages, rien à en tirer, de la fumée, rien que ça.Dans la phase actuelle, il faut du positif.

  8. je suis d’acord avec vouz la decision est a nous de prendre les maliens.persone doit decider le sort du mali,sof les maliens.pourtamp c’est l’armee malienne qui doit lancer cette guerre, elle est la pour ça defandre la souvernite,l’integrite de notre pay le mali.si le mali laise que ces hipocrites(l’union europenne,USA)intervient militairement au nord du mali ça sera un khao total.le monde entier voit ce qui passe en afganistan,irak,liby etc…. ces grandes puissances mondial ne cherchent que leurs interets.

  9. Cette dame fera mieux de continuer ses promenades romatiques dans les rues de Bamako. Sinon cette guerre aura bel et bien lieu. Si le Mali ne fait cette guerre pour 1 fois toute, elle porterait la boudka dans quelques annees a Bamako. Et fini la promenade romantique.Trop c’est trop.

  10. Chère Madame, je vous ôte mon chapeau.Cet exercice intellectuel à nous faire comprendre la complexité de la situation au delà d’un débat malieno-malien, est intéressante et juste!. Je suis d’accord, on ne peut réduire une démocratie à l’organisation des élections “dites” transparentes, sans débat, sans contrôle, où les élus sont ceux qui ont plus volé et achetés les voix, où les hommes au pouvoir n’excellent que dans le détournement des deniers publics, il était temps! je pense que ce tournent doit permettre de tirer un bilan veritable et se projeter dans l’avenir.

  11. Madame Traoré, avec tout le respect que je vous dois, vous vous êtes totalement discréditée en soutenant le désordre contre un ordre somme toute imparfait.
    Vous savez très bien que la démocratie comme tout le reste se construit dans la durée. Elle n’a que vingt ans au Mali. Elle porte en elle les ressources nécessaires pour se redresser . Avouez que le Mali n’avait pas besoin d’un tel renversement.
    Vous avez eu la chance de faire de bonnes études qui vous ont outillée pour faire une bonne analyse. Vous devriez être une chance pour notre pays. Au lieu de cela, vous vous fourvoyer dans des idéologies rocambolesques propre à enfumer plutôt qu’à éclairer nos concitoyens.
    Les Maliens ont des besoins primaires..alimentation, santé, éducation, sécurité des biens et des personnes . Ils n’ont que faires de la géopolitique internationale.
    Le Mali n’a plus une armée. Sur le papier d’accord mais pas dans la réalité. Pire, nous n’avons plus d’état. Un gouvernement dépourvu de la moindre force pour respecter l’autorité nécessaire est une coquille vide. Cette situation est de nature à ouvrir la porte à l’anarchie. Nous n’avons pas besoin de cela. Si la cedeao ou tout autre moyen peut nous aider à quitter cette voix de l’anarchie, il serait le bienvenu.
    Nul n’est à l’abri d’une erreur de jugement. Vous vous êtes trompée d’analyse, avouez le et aidez nos compatriotes à mieux saisir les enjeux de la situation.

  12. Chapeau bas a Madame la Ministre Aminata Dramane TRAORE !

    Dans la classe des Intellectuels maliens, je le dis en toute SINCERITE, il y a VOUS et les AUTRES.Malheureusement on n`est JAMAIS SAINT CHEZ SOI!

    Votre annalyse de la situation du Mali,est la triste REALITE.
    N`en deplaise aux marionnettes maliennes et africaines.

    BON COURAGE!

  13. J’avais beaucoup d’estime pour cette femme du nom de Aminata Dramane Traoré, très franchement elle me déçoit, je pense que ses déclarations sont de la pure démagogie. Elle veut toujours se faire remarquer dans les débats. De grâce Madame Traoré, sans l’aide extérieure, politique, militaire ou économique, vous pensez que nous pourrons sortir de cette situation? ou alors proposez nous votre solution. Vous voulez plaire au CNRDRE, faites le c’est votre droit, mais ne racontez pas d’idioties sur la situation que connait notre pays, car là il s’agit de notre Mali à tous.

    • Ce sont les termes/les conditions de l’aide qu’il faut revoir! Nous ne sommes pas contre les aides sinceres qui visent a’ aider nos populations. Nous sommes contre toutes les aides internationales qui font perdre aux pays pauvres les souverainete’s nationales respectives, leurs grandes entreprises publiques et leurs meilleures terres agricoles. nous sommes contre toutes les aides qui n’encouragent pas la paix et la stabilite’ des pays pauvres!!!!

  14. Cette femme est vraiment une honte pour le Mali, sans aide le mali ne pourra jamais libere le nord

    • Nous sommes d’accord qu’il faut aider le Mali mais nous demandons aux bonnes volonte’s de nous laisser determiner ce dont nous avons besoin! LE MALI A DES BRAVES SOLDATS QUI PEUVENT FAIRE LE BOULOT. NOTRE FASSO DEMANDE DU MATERIEL ET DES LOGISTIQUES! LE MALI N’A PAS BESOIN D’UNE FORCE ETRANGERE DE 3200 SOLDATS POUR OCCUPER BAMAKO!

    • nkdi, j’ai compte’ six fautes dans ta ligne. Tu n’as probablement pas compris l’interview!

  15. La mondialisation et le monde des finances ont bien echoue’. Les crises economiques existent en occident et dans les pays pauvres. L’arrogance des argentiers et/ou des politiciens qui travaillent pour eux,a atteint un point ou’ memes les elus des pays n’ont plus le droit de definir les politiques economiques de leurs pays respectifs. LA QUESTION FONDAMENTALE QU’ON DOIT SE POSER,DANS NOTRE MONDE D’AUJOURD’HUI OU’ LA VOIE DU PEUPLE NE COMPTE PLUS,EST: AVONS-NOUS TOUJOURS BESOIN DE LA DEMOCRATIE?

    LE PLUS GRAND DANGER QUI EXISTE DANS LE MONDE D’AUJOURD’HUI EST LA DICTATURE DU MONDE DES FINANCES! CETTE DICTATURE QUI DIT QU’IL FAUT SACRIFIER LES FEMMES, LES HOMMES ET LES ENFANTS POUR la croissance de L’ECONOMIE, EST EN PARTIE RESPONSABLE DE PLUSIEURS PROBLEMES DU MONDE DONT LE TERRORISME!
    Cette interview contient plusieurs points positifs. Je conseille sa lecture!

  16. vraiment des gars comme celle là doivent disparaitre , car elle a rien à prouver . partir à l’ecole et etre intellectuel sont deux choses nettement differentes . car tout bon intellectuel comprend aujourd’hui que le Mali n’a pas d’armée digne de ce nom capable de defendre l’integrité territoriale et elle qui est entrain de dire ses betises ne connait rien de la realité que vivent nos parents du nord mali ou bien c’est du je m’enfoutisme et de la criminalité. car si ses parents ou bien elle meme etait dans cette situation elle aurait demandé mieux qu’une intervention de la Cedeao .
    de toutes les façons elle n’est pas digne ni responsable
    elle cultive la mediocrité comme elle meme l’est.

  17. J’ai l’impression que nous ne vivons pas dans le même monde que cette idiote qui est atteinte de complotite aiguë. elle voit le complot partout venant de l’occident.Je trouve qu’elle est incapable de faire une analyse objective de la situation que vie notre pays.A l’heure actuelle seule une intervention étrangère peut sauver le mali du péril qui le guette.

  18. Tu t’opposes à tout dans ce monde mais qu’est ce que tu nous proposes comme solutions Madame? La seule solution que le Mali peut apporter à cette cride c’est de ceder le nord du pays sinon dire que la solution militaire doit venir du Mali c’est totalement utopique..

  19. Cette dame anachronique ne pense qu’à sa poche. Si elle continue à croire que c’est en salissant les occidentaux que ces derniers vont la faire taire par des billets de dollard, elle se trompe. Je me demande de quels militaires elle parle. Pas en tout cas ceux qui se sont stratégiquement repliés.

    • Behanzin, vous avez raison, elle n’est jamais d’accord avec personne meme avec elle meme. Elle fait semblant comme si elle déteste les occidentaux, mais ce sont ces touristes occidentaux qui la font vivre à travers ses espaces culturels (le djéné et le santoro), qu’elle réfuse leur argent. Les moyens dont elle se sert quotitiennement, notamment pour se déplacer (voiture, avion)et les vêtements qu’elle porte, elle peut rénoncer à tout ça car ce sont les produits des blancs, elle est aigrie.

  20. ELLE S’OPPOSE À TOUT ET N’A RIEN À NOUS PROPOSER POUR SORTIR DE LA MERDE. ELLE DEFENDAIT GBAGBO ET MAINTENANT C’EST SANOGO ELLE DEFEND. PLUS ANTI DEMOCRATIQUE QUE CELLE LÀ TU MEURS

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